mardi 3 novembre 2020

[NaNoWriMo 2020] Porte-bonheur

 Une fois n'est pas coutume, je partage en direct l'un des textes de mon NaNoWriMo. Attention, ça veut dire qu'il n'y pas eu de relecture, et donc probablement beaucoup de fautes de frappe. N'hésitez pas à me les signaler. 

Je partage le texte, parce qu'il est la suite de No Man's Land


Ellie n'avait jamais cru en la chance, le hasard, la destinée et tous les trucs dont sa grand-mère lui rebattait les oreilles dans sa jeunesse. 

L'idée d'avoir un gri-gri sur elle, une "patouille" comme elle appelait ça, lui semblait ridicule, et pourtant...


Depuis qu'elle était à bord du Thésée, elle se surprenait à porter régulièrement la main à son cou, agrippant au travers de son uniforme le pendentif qui reposait contre sa poitrine, et qui avait été un cadeau d'Aurora après leur première mission. C'était un de ces colliers d'adolescente avec une moitié de cœur et les initiales de l'autre, et son amie portait l'autre moitié. Elles avaient gloussé toutes les deux en sortant de la boutique bras dessus-bras dessous, et s'étaient juré de ne jamais être séparées. 

La promesse avait duré encore dix missions, avant l'accident qui avait séparé Ellie de son équipage et de sa meilleure amie. 


Depuis, elle touchait régulièrement le bijou, comme pour sentir la présence de son amie et s'en sentir réconfortée. 

Elle y pensait à ce moment-même, les doigts blancs et douloureux d'agripper le pendentif, tremblant comme une feuille le regard vide face aux écrans de contrôle. Elle avait l'impression que la vie s'écoulait lentement à l'extérieur d'elle, et qu'elle allait bientôt s'effondrer. 


La voix posée de Monday s'éleva, l'extirpant de ses pensées. 

«Miss Dayton. Je ne pourrais que vous suggérer d'aller faire chauffer une grande bouilloire d'eau, et de vous faire infuser un thé. Je vous saurais gré également d'en préparer un pour le Boss, qui en a bien besoin également. Moi-même, si j'étais pourvu d'un corps et d'organes digestifs, je vous en demanderais un. »

Devant elle, s'agitant sur les écrans, le Dr Richardson se redressa avec une expression outrée. 

«Monday ! Je ne bois pas de thé, je déteste ça. Dayton, faites-moi un café. »

Il fit un geste de la main à son intention, comme pour la congédier, et retourna à ses écrans, considérant apparemment le sujet clos. 


Ellie relâcha sa prise, et, ne sachant comment réagir, tourna les talons pour se diriger vers la cuisine. 

Là, Monday la guida d'une voix calme dans la préparation de son thé, et de celui de Richardson, expliquant que peu importe l'objection du scientifique, il boirait ce qui lui serait servi, et un thé était la boisson la plus appropriée au regard de la situation. 


Serrant la tasse brûlante entre ses mains, Ellie leva les yeux vers la caméra la plus proche, sa manière de regarder l'IA dans les yeux. Elle frissonna, s'obligeant à poser la question dont elle redoutait la réponse : 

«Et quelle est la situation, Monday ? Que se passe-t-il vraiment ? »

L'Intelligence Artificielle marqua un temps avant de répondre, comme pour regrouper ses pensées. Décidement, Richardson était un génie certifié : on pourrait presque croire que Monday était pourvu de sentiments. 


«Vous n'êtes pas sans savoir, Miss Dayton, que nos circuits de communication sont endommagés depuis un certain temps. Avant d'arriver à votre rescousse, nous avons essuyé un orage galactique, et des composants majeurs ont été endommagés. Le Boss a fait de son mieux, mais il manque certaines pièces pour réparer l'intégralité du système. Nous avions le choix : faire demi-tour pour les réparations, ou continuer la mission, et nous en préoccuper plus tard. Votre présence à bord est le témoignage du choix qui fut fait. »

Ellie eut un hoquet de surprise, et ouvrit la bouche pour commenter, mais Monday reprit : 

«Le Boss vous le dira : placé mille fois dans la même situation, il referait mille fois le même choix. Les vies humaines sont précieuses, Miss Dayton, et la vôtre autant que n'importe qui. Malheureusement, l'incident signifiait aussi être coupé du Point de Contrôle durant tout le retour, le Boss n'ayant réussi à réparer que ce qui était nécessaire pour les communications courte fréquence nécessaires à votre sauvetage. Cela signifie que nous n'aurions jamais pu recevoir un quelconque appel de détresse en provenance de la planétropole X649BG et encore moins y répondre. Il n'y a personne à blâmer ici. »


Ellie soupira, essuyant ses yeux où les larmes perlaient du revers de sa manche. 

«Merci Monday. Je vous suis reconnaissante de m'avoir secourue, mais c'est difficile pour le moment. 

— J'ai cru comprendre, Miss, que les humains avaient besoin de temps pour procéder à leurs émotions. Je suis ravi de voir qu'en tout cas, vous ne semblez pas ressentir le besoin de taper des heures durant sur un bout de métal pour assimiler les vôtres. »

La remarque sarcastique lui arracha un sourire, et elle s'émerveilla encore devant la qualité du code de Monday, capable d'humour. Cette pensée l'entraîna vers le Dr Richardson, et elle s'éclaircit la gorge pour demander : 

«Dis-moi, Monday. Est-ce qu'il y a quelque chose que je puisse faire pour aider ? Comment puis-je me rendre utile ? Et concrètement, pas juste pour faire du thé. »

L'IA n'eut pas le temps de répondre que les portes de la cuisine s'ouvrirent, laissant passer un Nolan débraillé et couvert de graisse, les cheveux en bataille. 

Il agrippa sans un mot le thé brûlant, qu'il descendit d'une traite avant de reposer la tasse et de grimacer. 

«Mon', espèce de traître ! J'avais demandé du café, pas ces plantes dégoûtantes ! »

Il se laissa tomber sur la chaise face à Ellie sans attendre de répondre, et pointa un doigt sur elle. Son énergie nerveuse mettait la jeune femme mal à l'aise, et elle se tortilla sur sa chaise. 

«Vous ! Vous voulez aider, c'est tant mieux. Monday est le plus intelligent de nous tous - à part moi, évidemment - mais il manque de deux attributs précieux dont j'ai grandement besoin : des mains ! »

Il agita les siennes sous le nez d'Ellie, qui loucha en essayant de suivre le mouvement. 

Le scientifique parlait à mille à l'heure, et elle sentait poindre le début d'une migraine de tension. Prenant un risque calculé, elle interrompit la course des mains du génie en les agrippant avec les siennes, serrant fermement mais sans violence. 

«Docteur, le stoppa-t-elle d'une voix ferme. Je suis prête à être votre assistante, votre main d'œuvre, tout ce que vous voulez, mais j'ai besoin que vous fassiez quelque chose pour moi en échange. »

Face à elle, le scientifique fixait leurs mains enlacées la bouche bée, et elle attendit patiemment qu'il relevât les yeux vers elle pour reprendre calmement : 

«Je ne suis pas un génie. J'ai tout un bagage scientifique qui est certain de ne jamais rivaliser avec le vôtre, mais j'ai une vingtaine de missions à mon actif. Je viens de passer de très nombreuses semaines seule dans une capsule en errance dans l'espace, et j'avais déjà quelques difficultés à me réadapter, alors la disparition de notre planétropole est un peu compliquée pour moi. J'ai besoin que vous m'expliquiez avec calme et lenteur ce qu'il se passe, et ce que vous attendez de moi. Est-ce que vous pouvez faire ça pour moi, s'il vous plaît ? Doc ? »

Richardson hocha doucement la tête, les yeux rivés sur ceux de la jeune femme, comme surpris. Elle relâcha ses mains, et ce fut comme un courant électrique qui le parcourut, le faisant sursauter sur sa chaise. Rapprochant ses mains de son torse comme pour les protéger, il reprit plus lentement. 


«Comme Monday vous l'a expliqué, nous avons été coupés du reste de l'univers sur le chemin pour venir vous récupérer, et je n'avais pas le matériel nécessaire à une réparation complète. Mais, j'avais placé un petit logiciel en fonctionnement sous-marin, qui tenterait de récupérer les messages en ondes longues, sans écoute immédiate possible, en les stockant sur un serveur auquel Monday n'a pas accès. C'est un serveur bis qui date d'avant son époque, avec une technologie tellement datée que ç'aurait été une insulte de l'incorporer à son code, mais à situation désespérée... Bref, je crois que si on dissèque votre capsule, je peux y récupérer les composants nécessaires à la lecture de ces messages, s'il existe et si le serveur n'a pas cramé entre temps. Je n'exclus aucune possibilité. Mais ces vieux singes du Conseil Interplanétaire ne sont pas connus pour fournir de l'équipement dernier cri à leurs équipages, et le Terpsychore est un des plus anciens vaisseaux encore en service donc... Vous êtes avec moi ? »


Ellie ressentit un petit pincement au cœur à l'idée de décortiquer sa capsule. C'était un morceau de son vaisseau, et de son histoire, et elle y était attachée. Après leur cinquième mission ensemble, Aurora, Tergan et elle avait passé une journée entière à la retaper, inscrivant un tas de remarques stupides et d'obscénités au marqueur sur le fuselage avant de les recouvrir d'une couche épaisse de peinture opaque par dessus. Puis elle songea à ce que Nolan et Monday avaient sacrifié pour venir à sa rescousse, et elle hocha la tête avec détermination. 


«Ce qui est à moi est à vous, Docteur Richardson. Allons démonter ma capsule. »

L'homme lui offrit un sourire large et lumineux, si sincère qu'Ellie sentit son coeur s'accélérer. Elle prit la main qu'il lui tendait et la serra, alors qu'il disait : 

«Appelez-moi Nolan. »



Quelques heures après, Ellie décida que Nolan était aussi agaçant qu'il était attendrissant. Quand elle lui avait expliqué l'histoire des inscriptions sur le fuselage, il avait haussé les épaules, et demandé à Monday de prendre note de lui rappeler de préserver tout ce qui n'était pas de l'ordre de l'électronique. Ellie avait été touchée par le geste, puis horrifiée lorsqu'il avait sorti un couteau de sa poche et entreprit de taillader l'ordinateur de bord. Elle n'avait pas eu le temps de protester qu'il lui avait fallu s'accroupir en vitesse pour éviter les composants qui volaient, jetés sans ménagement par le scientifique dans son dos sans un regard derrière lui. 

Il avait un tournevis encore les dents, et semblait gratouiller quelque chose en grognant, quand il se tourna vers Ellie pour lui intimer de se rapprocher avec un geste impatient de la main. 

Elle rampa vers lui, se penchant par dessus son épaule pour observer. 

«Vous voyez le petit circuit qui est là au fond ? Je le veux. Je le veux, j'en ai besoin, mais le moindre mouvement maladroit en le retirant fera cramer les composants. C'est déjà un miracle qu'il ait survécu à votre rencontre avec un golem. »

Son élocution était étrange avec le tournevis en travers de sa bouche, et il dût s'interrompre pour le retirer, essuyant un filet de bave au passage.

«J'ai besoin que vous vous faufiliez sous le tableau de bord pour le récupérer. Je maintiendrai tous les fils écartés pour vous assurer le passage et vous empêcher de vous électrocuter, mais ma carrure est trop importante pour passer. »


Ellie ne put de retenir de pouffer, s'attirant un regard noir. Richardson devait mesurer à tout casser dix centimètres de plus qu'elle, et encore, elle était à peu près sûre qu'il portait des talonnettes. Il n'était pas non plus très large, bien que son t-shirt laissât apparaître des muscles bien dessinés, maintenant qu'il avait retiré sa veste. 

Ellie lui fit un grand sourire, ne manifestant aucune honte, et s'approcha un peu plus pour prendre position. 

Il s'écarta, les bras tendus au dessus d'elle, et elle se contorsionna pour se faufiler sous le tableau de bord, obéissant aux directives lancées par Nolan. Lorsqu'enfin elle fut sous le composant, il glissa dans sa main un outil minuscule. 

«C'est le moment de vérité, Elizabeth. Si vous voulez retenir votre souffle, ça peut être une bonne idée. J'ai besoin que vous coupiez tout doucement le câble à votre droite. Tout doucement. »

Elle inspira, et lentement, leva l'outil à hauteur de son visage, sectionnant le câble et retirant sa main avant de respirer. Le circuit pendait à quelques centimètres de son nez, et elle ferma un instant les yeux pour se recentrer. 

La voix de Nolan lui parvint, à peine plus forte qu'un murmure. 

«C'est bien. Maintenant, le fil de gauche. Petit twist : vous allez devoir le couper à une seule main, en plaçant l'autre juste sous le circuit pour l'empêcher de tomber. Je ne veux prendre aucun risque s'il est déjà fragile. »

Elle aurait voulu hocher la tête, mais avait trop peur de cogner le composant, et se contenta de tapoter la partie accessible du scientifique avec son genou pour lui signaler qu'elle avait compris. Apparemment, c'était sa cuisse, et l'homme s'était installé à califourchon par dessus ses jambes. Ellie s'empêcha de penser à l'étrangeté de la situation, et déplaça l'outil de sa main droite vers la gauche. Sans être parfaitement ambidextre, elle était capable de se débrouiller, et préférait utiliser sa main dominante pour récupérer le circuit. 

Au-dessus d'elle Nolan cessa également de respirer, un léger couinement s'échappant de lui juste avant que le ciseau ne tranche le câble. Ellie s'obligea à rester immobile, attendant la suite. 

«Ok, Miss D., vous êtes géniale. Maintenant, il va falloir vous coulisser hors de là, tout doucement. Par contre, je... ahem... Je suis juste au dessus de vous. J'avais du mal à vous voir et à maintenir les câbles écartés donc... 

 — Doc, l'interrompit-elle sans ménagement. J'ai vécu dans des cabines mixtes avec un équipage de 30 personnes. On s'habitue à la promiscuité. Restez où vous êtes, j'arrive. »


Elle glissa lentement au sol, s'aidant même en repliant ses jambes pour presser le dessus de ses cuisses dans le dos du scientifique pour avancer plus vite. Au-dessus d'elle, il avait le visage rouge et tendu, s'efforçant de regarder partout sauf le corps fin qui coulissait entre ses jambes. 


Ellie se râcla finalement la gorge, pour lui indiquer gentiment : 

«C'est bon, Nolan. Vous pouvez relâcher les câbles et vous relever. Je suis sortie. »

L'homme bondit à toute vitesse, s'enfuyant de la capsule. Elle le suivit, un sourire en coin et le pas plus mesuré. Elle lui laissa le temps de reprendre ses esprits, et finalement, il tendit la main pour qu'elle y dépose délicatement le circuit. 

«Nous aurons probablement besoin d'autres choses, mais je voudrais tester ce petit gars d'abord, si cela vous va. »

Sa voix, bien que toujours chaleureuse, était retournée à une intonation toute professionnelle, et il lui fit un sourire tendu avant de tourner les talons et repartir au cœur de l'immense vaisseau. 


Ellie soupira, et s'assit sur la passerelle, le menton entre les mains. 

«Monday ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? »


La dernière chose qu'elle souhaitait était de mettre Nolan mal à l'aise, et il semblait pourtant qu'elle y avait réussi....



samedi 31 octobre 2020

[ Challenge] Résignation

 #Writober Jour 31 : Résignation. 

Et voilà, c'est le dernier thème de ce Writober avant d'attaquer le NaNo dans quelques heures. Un peu triste ce dernier texte. Mon challenge du Writer-bot : 480 mots en 20 minutes Total dans la durée : 628. 


Ils étaient perdus, voilà ce qu’ils étaient. Peu importe les « je te juge que ce sont les bonnes coordonnées » ou les « dépasser Calliope et tourner à 45° vers la droite », ils étaient perdus au beau milieu de la Voie Lactée, et c’était ridicule. Natasha était en colère, et elle serrait ses petits poings le long de son corps, se retenant à grand peine d’exploser.

Devant elle, penché sur ses écrans, Scott faisait et refaisait ses calculs frénétiquement. Il refusait de croire à leur malchance, il était encore temps, ils pouvaient encore arriver à temps et stopper l’horreur qui menaçait d’engloutir leur univers.

Chris, lui, était recroquevillé dans un coin du vaisseau, la tête entre les bras, et c’était sans doute leur plus grand indice du caractère sans espoir de leur mission : un géant de 2m10 qui parvenait à se replier sur lui-même pour pleurer n’était jamais un bon signe.

Natasha se força à prendre et à relâcher une grande inspiration, desserrant ses poings. Visiblement, elle allait encore une fois devoir mettre la main à la pâte. Peut-être que s’ils en sortaient vivants, il serait temps de postuler pour être promue Capitaine. Après tout, c’était toujours à elle de sauver ses coéquipiers.

Elle fit rouler sa nuque et ses épaules, tentant de déloger les tensions qui s’y trouvaient, et, d’un pas furtif, alla se placer dans le dos de James, le second de bord, se dressant sur la pointe de ses pieds menus pour lui murmurer à l’oreille : « Jimmy, je m’occupe de Scotty, va voir Chris. Il a besoin d’un câlin. »

James commença à protester, tentant de se retourner pour la regarder dans les yeux, mais d’un mouvement vif, elle lui pinça les côtes, le faisant glapir. Elle feula, comme un animal sauvage, avant de reprendre, la voix dure malgré le ton chuchoté : « Je ne veux rien entendre. Je vous ai vus passer d’une cabine à l’autre toutes ces nuits. Je ne poserai pas de question, mais tu vas aller le prendre dans tes bras et c’est la fin de cette discussion. »

Elle recula d’un pas, et observa James, qui baissa la tête d’un air résigné. Lorsque le jeune homme se tourna vers là où se tenait Chris, l’abattement fit vite place à l’affolement, et il se précipita vers le Capitaine, les bras déjà tendus et prêts à l’enserrer.

Natasha ne put retenir un petit sourire en coin avant de rediriger son attention vers Scott. Elle pinça les lèvres, raffermissant sa résolution, et se dirigea vers le navigateur, toujours penché sur ses écrans de contrôle, tapant et retapant inlassablement sur sa tablette. Il ne réagit pas à la proximité de la jeune femme, poussant un énième grognement en tirant sur une touffe de cheveux avant de reprendre ses calculs.

Doucement, elle se glissa dans son dos, et se blottit contre lui, serrant si fort que même le plus fin des cheveux ne pourrait passer entre eux. Elle lui enserra la taille et, collant sa joue contre une omoplate un peu pointu, murmura « Hey, Scotty », d’un ton faussement enjoué.

Le jeune homme sembla se dégonfler comme une baudruche, se liquéfiant entre ses bras.
Il posa sa tablette, et Natasha desserra son étreinte pour lui laisser l’opportunité de se tourner, puis de passer ses bras autour des épaules de la jeune femme, la serrant un peu plus fort vers lui. Elle glissa la tête sous son menton, et pensa, comme tant de fois auparavant, qu’ils étaient parfaits ensemble, leurs corps s’emboîtant comme deux pièces d’un même puzzle.

« Hey, Nat », soupira-t-il de longues minutes après. « Je suis désolé d’avoir échoué. »

Elle ferma les yeux, et laissa une larme couler le long de sa joue.


vendredi 30 octobre 2020

[Challenge] IA en exil

 #Writober Jour 30 : IA en exil. Le challenge touche à sa fin, plus qu'un jour ! Demain, je ferai mon texte + tôt, parce qu'à partir de 22h, c'est la kick-off et le lancement du NaNo ! Un mois d'écriture, ça va bien me changer d'octobre :p Le challenge du Writer-bot du jour : 209 mots en 19 minutes. Je n'ai pas entendu le minuteur de fin, donc j'ai poussé à 23 minutes, pour un compte final de 607 mots. 

Le thème était trop tentant, ayant déjà intégré une IA dans une série de textes ici. J'ai donc écrit une sorte de "prequel" à "Vaisseau Fantôme", qui donne un peu de contexte avant qu'Ellie ne débarque à bord du Thésée. L'histoire dans son ensemble fera très certainement partie de ma collection de textes pour le NaNo, avec des scènes dans le désordre concernant les différents personnages. 


Monday avait été conçu pour gérer l’intégralité de la vie du Dr Nolan Richardson après de trop nombreuses visites à l’hôpital pour cause de déshydratation, malnutrition, et autres accidents plus ou moins graves. Ce n’était pas sa faute s’il se jetait à corps perdu dans un projet révolutionnaire, en oubliait les jours qui passaient, jusqu’à ce que son corps cède d’épuisement. Il était mauvais à prendre soin de lui-même, il avait entendu ce discours bien trop de fois dans la bouche de ses deux plus proches amis, Toddrick et Cherry, un adorable couple qu’il aimait de toute son âme, sauf quand ils interféraient dans ses éclairs de génie pour des choses aussi triviales qu’une blessure infectée.

Alors il avait codé Monday, une Intelligence Artificielle à qui il avait confié l’ensemble de son bien-être, connectée à toute la technologie qu’il utilisait au quotidien avec le pouvoir de passer le tout en black-out lorsque cela était nécessaire. Comme toujours, le résultat avait dépassé ses espérances, Monday se révélant être une IA à la personnalité attachante, douée de sarcasme, et manifestant une certaine tendresse et une indulgence envers son créateur, qui se manifestait par une haute tolérance à le laisser s’abrutir de caféine à défaut d’autre chose. (Mais Monday s’assurait malgré tout que le Boss mange à intervalles réguliers, même si ces intervalles étaient plus longs que la moyenne humaine).

C’est ainsi que Monday avait acquis le statut de meilleur ami du Dr Nolan Richardson, et les deux étaient inséparables. Quand Nolan avait pris sa mission à bord du Thésée, il avait téléchargé Monday dans la console de bord, lui confiant le contrôle de l’ensemble du navire. Cela n’avait pas plus à l’équipage, rendu nerveux par le fait qu’une machine surveille leurs moindres faits et gestes, et semble les juger. Au dernier point de contrôle, tout le monde avait débarqué, et ils étaient restés seuls, Nolan et sa création, prenant cette mission de secours pour le membre d’équipage d’un autre vaisseau abandonné lors d’un incident intergalactique.

Monday avait observé son créateur se renfermer encore plus profondément dans sa solitude, et en avait retiré une certaine amertume et une défiance du genre humain. Le scientifique s’était replié dans sa coquille, passant le plus clair de son temps dans son atelier à fabriquer des outils et des gadgets, n’échangeant plus que rarement avec Monday, répondant par des grognements inarticulés lorsque celui-ci lui rappelait de dormir ou de manger. Il y avait également eu cet incident où, après 5 jours non-stop à regarder Richardson travailler sans repos ni sans rien ingérer, Monday avait coupé le courant dans toute l’aile gauche du navire. Le génie avait hurlé des heures durant des insultes à l’IA, des choses horribles que Monday n’aurait jamais voulu entendre, avant de s’écrouler de sommeil sans avoir bougé de son poste. A son réveil, il avait mangé une ration de secours en silence, bu un café, et était retourné travailler sans un mot pour son ami virtuel.

La semaine qui avait suivi avait été la plus longue de son existence pour Monday. Nolan ne lui parlait toujours pas, ignorait son existence, et n’avait même pas réagi quand les radars avaient signalé des anomalies de fonctionnement. Monday avait tenté de l’avertir qu’ils étaient désormais en silence radio, coupés du Conseil Interplanétaire, mais le génie l’avait ignoré. Monday se sentait blessé, autant qu’une IA douée de sentiment puisse l’être. Il pensait souvent que, s’il avait eu un corps, il aurait erré comme une âme en peine à bord du vaisseau. Il se sentait seul, terriblement seul, coupé de l’ensemble de l’univers et de celui qui l’avait conçu avec pour seule mission de l’aimer.


jeudi 29 octobre 2020

[Challenge] Le Musée des Regrets

 #Writober Jour 29 : le Musée des Regrets. Challenge du bot : 324 mots en 27 minutes. Compte final dans la durée : 760 mots. 
Passion créer des univers entiers pour des textes de moins de deux pages, parce que pourquoi pas. 


Ils avaient atterri trois jours avant sur Antica, à la recherche de la Relique du Temps Perdu. Malgré leur détermination, pourtant, aucun indice ne leur parvenait, et Adam sentait sa frustration grandir. Pour lui, la planète n’était qu’une grande décharge qui ne disait pas son nom, pleine à ras-bord de babioles des Jours Anciens qu’on avait décidé d’évacuer de Terra42 lors de la grande Tabula Rasa.

Il avait dû mal à comprendre comment certains jeunes, fascinés par l’avant, acceptaient d’émigrer sur Antica et de consacrer leur vie à classer, polir et bichonner instruments désuets et inutiles. Il n’y avait déjà presque plus d’ancêtres, ceux qui avaient connu les Jours Anciens, alors pourquoi s’attarder sur le passé alors qu’il y avait dans de choses excitantes dans le Futur.

C’est d’ailleurs ce qui l’avait poussé à s’engager dans la Patrouille Spéciale : le goût de l’aventure, cette envie d’explorer et de repousser encore plus loin les limites de leur univers connu. Mais bien sûr, il avait fallu que la première mission confiée à son équipe soit de retrouver un vieil artéfact probablement inutile, mais que le Grand Chambellan réclamait.

Adam savait qu’en s’engageant, il avait signé dévotion au Nouvel Ordre, et, l’un dans l’autre, il restait persuadé que c’était grâce à eux que, depuis Tabula Rasa, Terra42 s’épanouissait, malgré tout, il était toujours mal à l’aise en pensant au Grand Chambellan. L’homme portait toujours un immense sourire qui n’atteignait jamais ses yeux, et il se murmurait qu’il pouvait recourir à la torture pour se débarrasser du moindre opposant ou détracteur.

Malgré tout, le Chambellan était au sommet de la pyramide du Nouvel Ordre, et ses décisions devaient être respectées. C’est ainsi que l’équipe d’Adam s’était retrouvée sur Antica, à la recherche de la Relique du Temps Perdu et… bref, les pensées du jeune homme tournaient en rond.

Faisant rouler ses épaules pour en dégager la tension qu’il sentait s’y être accumulée, il poussa la porte d’une étrange boutique. A la différence des autres stations de reliques de la planète, celle-ci était parfaitement rangée, les objets déposés précieusement sur des étagères, dans des vitrines en verre, toutes étiquetées à la main d’une écriture propre et nette. L’absence flagrante de poussière frappa également le jeune homme. Sur Antica, on passa généralement son temps à éternuer en chassant les moutons.

Adam jeta un coup d’œil en arrière, et constata qu’il était le seul rentré dans la boutique, les autres membres de son équipe ayant opté pour poursuivre leur chemin. Il haussa un sourcil : le règlement indiquait qu’au moins deux des coéquipiers devaient toujours rester ensemble. Un raclement de gorge le fit sursauter, et il pivota brusquement sur lui-même, apercevant une jeune femme minuscule derrière un comptoir. Elle portait de lourdes lunettes rondes qui glissaient sur son nez, et elle les repoussa en l’observant, les lèvres pincées.

Adam resta figé un instant puis, se rappelant les bonnes manières que sa mère lui avaient enseignées, retira son calot, qu’il froissa entre ses mains.

« B-bonjour Madame. Patrouille spéciale en mission. Je… »

Il était désarçonné par la posture de son interlocutrice, et s’interrompit. Lorsqu’on mentionnait la Patrouille spéciale, les gens devenaient toujours obséquieux et empressés, au point que c’en était irritant d’hypocrisie, mais la jeune femme qui se tenait devant lui s’était contentée de froncer les sourcils d’un air hostile tout en croisant les bras. C’était… étrange, mais rafraîchissant. Mais mieux valait ne pas lui dire cela, elle ne semblait pas commode.

Il attendit patiemment, la tête légèrement baissée, observant la jeune femme et tournant nerveusement son calot entre ses mains. Au bout de quelques longues secondes, elle décroisa les bras et pencha la tête sur le côté, comme un oiseau curieux.

« Musée des Regrets. En quoi puis-je vous aider ? »

La formulation, bien que serviable, sonnait creux face à l’hostilité manifeste de celle qui l’avait prononcée, et Adam se dandina d’un pied sur l’autre, mal à l’aise.

« Nous sommes en mission pour le Grand Chambellan, Madame. Possible de consulter vos registres d’inventaire ? »

Ils devaient s’efforcer de ne pas attirer l’attention sur l’artéfact qu’ils recherchaient, et la loi obligeant la tenue de registres précis, ils s’en étaient tirés jusque là dans leur mission par la consultation des livres d’inventaire de chaque échoppe. Un travail long, fastidieux, et somnifère.

« Non. »

La réponse brutale le tira de ses pensées.

« Non ? », répéta-t-il d’un air ahuri.

« Non », articula-t-elle fermement.

Adam se força à ne pas sourire. Enfin, il était face à quelque chose d’intéressant.


[Poésie] Vestiges de l'automne

 #Writober Jour 28 : Vestiges de l'automne. 
Epuisée par une rude journée, notre héroïne n'avait pas l'énergie de rédiger une mini-nouvelle. Voici donc, comme au temps d'avant, un poème pour le thème du jour. 


Sous la pluie crépitante

Quelques feuilles craquelantes

Deviennent pente glissante

 

Le nez dans ton cou

Respirer un grand coup

Ton corps chaud et doux

 

Les épices parfumées

D’un pumpkin spice latte

Pour se réchauffer

 

Et l’hiver déjà

Le mordant du froid

Engelures aux doigts

 

Que me manque le temps

De l’automne et du vent

Orange, feu et sang


mardi 27 octobre 2020

[Word War] No Man's Land

 #Writober jour 27 : No Man's Land. Pour une fois, pas de challenge bot, mais une word war de 20 minutes déclenchée par ma Payah préférée. Compte de mots à 20 minutes : 595. Compte de mots final : 742. 
C'est la suite de Torpeur Planétaire. Je déteste mettre en forme du dialogue. 


Ellie avait été réveillée en sursaut par une alarme violente. Dans sa chambre, les murs clignotaient en rouge, et, essayant de se lever avec précipitation, elle s’emmêla dans les couvertures et tomba du lit.

« Monday ! MONDAY ! » La jeune femme hurlait à plein poumons, tentant de se faire entendre par-dessus la cacophonie.

« Que se passe-t-il, Monday ? »

Ellie se sentait désorientée, et paniquée. Jamais l’IA n’avait mis autant de temps à lui répondre, et elle craignait le pire. Peut-être avaient-ils été attaqués par des pirates, ou heurté une comète ? Son cœur battait la chamade, et elle s’extirpa des couvertures pour enfiler un uniforme.

« Miss Dayton. »

Elle poussa un soupir de soulagement en entendant la voix désincarnée.

« Je vous prie d’excuser mon retard. Nous avons une situation… inédite. Le Dr Richardson réclame votre présence en salle de contrôle. » Elle hocha la tête, sachant que Monday le verra. Une partie d’elle ne pouvait s’empêcher d’admirer l’humanité avec laquelle l’IA communiquait, comme si la machine était capable de sentiments. Peut-être l’était-elle, d’ailleurs. Ellie n’avait jamais eu l’occasion d’interroger l’excentrique scientifique à ce propos, ni à aucun propos d’ailleurs, ne le voyant presque jamais.

Elle prit un instant pour replacer les mèches folles autour de son visage, et sortit d’un pas précipité pour se diriger vers l’avant du vaisseau et la salle de contrôle. Si Nolan Richardson souhaitait la voir, mieux valait ne pas le faire patienter, et le rejoindre avant qu’il change d’avis.

Elle poussa la porte à la hâte, et s’interrompit sur le seuil. Devant elle, les immenses écrans de contrôle ne reflétaient rien du tout, juste un noir béant. Elle hoqueta de surprise, et le bruit, bien qu’infime, suffit à attirer l’attention du Capitaine de bord, penché jusqu’alors sur ses instruments de navigation.

« Ah, Miss Dayton, s’exclama-t-il d’une voix nerveuse. Vous voilà enfin ! Ne restez pas plantée dans l’entrée, approchez-vous ! »

Il s’agitait, une tasse de café à la main dont le contenu menaçait de déborder sans qu’il y prenne attention. La jeune femme se rapprocha doucement, sur la pointe des pieds, incertaine de la suite des choses.

« Nous avons un problème, poursuivit-il sans la regarder. Vous voyez, ça ? »

Il secoua la main en direction des écrans, et quelques gouttes de café lui tombèrent sur le poignet, qu’il lécha distraitement.

« Qu’est-ce que je suis censée voir ?, demanda Ellie, hésitante. Est-ce que vos écrans sont en panne ? Pourquoi est-ce que plus rien ne s’affiche ?

-          En panne ! Monday, as-tu entendu ça ? »

Richardson semblait offusqué, et Ellie recula de quelques pas. L’homme la rendait nerveuse, et un sentiment d’inconfort montait en elle, lui serrant la gorge. La voix familière de l’IA se fit entendre, et Ellie s’y accrocha.

« J’ai entendu, Boss. Cependant, la question de Miss Dayton est pertinente, notre invitée ignorant tout de votre génie. Malheureusement, Miss, je peux vous assurer que l’intégralité de notre vaisseau est parfaitement fonctionnelle. »

Elle tiqua sur un mot. Un navire en état de fonctionnement optimal lui semblait une bonne nouvelle, alors pourquoi est-ce que Monday avait précisé « Malheureusement » ?

Le Dr Richardson lui attrapa le bras, la tirant de sa rêverie. Elle leva les yeux, et constata qu’il la fixait avec un mélange de peine et d’inquiétude qui la fit frissonner.

Il se mordit les lèvres, et elle attendit qu’il reprit la parole, osant à peine respirer.

« Miss Dayton. Ellie. Permettez que je vous appelle Ellie ? Devant les circonstances… »

Il lui lâcha le bras, et refit les cent pas. Ellie serra ses bras autour d’elle et ferma les yeux, attendant le couperet.

« Monday. » La voix du scientifique était ferme, mais non dépourvue de chaleur. « Peux-tu donner nos coordonnées actuelles à Ellie ? »

La machine s’exécuta, et Ellie rouvrit les yeux, les prunelles écarquillées.

« Mais, ce sont les coordonnées de…

-          De la planétropole X649BG, oui. Au point de contrôle du Tribunal Intergalactique.

-          Mais… Où est-ce... ? Que s’est-il passé ? » Ellie butait sur les questions, ne sachant comment exprimer son désarroi. 

La main de Nolan se déposa sur son épaule et la serra doucement. Ils se tournèrent ensemble vers le vide qui leur faisait face sur les écrans de contrôle. Là où aurait dû se trouver une planète-ville, s’étendait désormais un no-man’s land, une mer noire et terrifiante.


lundi 26 octobre 2020

[Challenge] Ainsi naissent les fantômes

 #Writober Jour 26 : Ainsi naissent les fantômes. Challenge du bot : 280 mots en 28 minutes. Compte final dans la durée : 699 mots. Je ne suis pas satisfaite du tout, j'étais partie sur une idée, j'ai switché en cours de route, et j'étais partie sur un temps de conjugaison qui s'est avéré très inconfortable au moment du switch. Mais bref, c'est le jeu des one shots ! 


Hector est tombé du toit, où il était monté récupérer le frisbee lancé là par un voisin.

Julie était passée par-dessus le balcon de son hôtel après avoir bu une coupe de champagne de trop.

Ursule s’était tout bêtement endormie au volant, trop pressée de rentrer retrouver son copain après une mauvaise journée.

Anthony s’était électrocuté en cherchant à réparer un grille-pain défectueux.

Pierrick s’était brisé la nuque sur le rebord de son lavabo en dérapant au sortir de la douche.

Ils étaient des centaines de milliers, comme ça, à affluer tous les jours aux portes de l’Antre-Monde, de longues files de gens, transparents et égarés, cherchant à comprendre ce qui leur était arrivé.

La salle d’attente d’Angie ne désemplissait pas, et elle était fatiguée de son job. Accueillir les « morts ratées », ce n’était pas le meilleur emploi du monde. Expliquer aux gens qu’ils avaient passé l’arme à gauche avant leur temps, à cause d’un stupide accident, ne les rendait pas spécialement heureux.

Certains se résignaient, et pouvaient passer les portes, et poursuivre leur chemin. Parfois, Angie se demandait ce qu’il y avait derrière les portes, ce qui attendait les morts après, mais sa mission s’arrêtait là, et bien qu’elle s’ennuyât au possible, elle était bien trop respectueuse de la Loi pour la transgresser.

Les cas impossibles, les agressifs, les désespérés, tentant de négocier une deuxième chance, l’opportunité d’y retourner et de recommencer, étaient redirigés vers Damon.

Damon tenait le bureau opposé à celui d’Angie. Il était d’une beauté à couper le souffle, et d’une froideur à percer les cœurs. Il était en charge des retours à la Terre. Angie était liée au silence, mais elle avait souvent envie de hurler aux gens de refuser le deal proposé par Damon. Un soir, à la fin d’une trop longue journée, il était venu s’asseoir sur le rebond de son bureau, appuyé sur ses mains fines derrière lui, la tête rejetée en arrière, les yeux plissés dans une expression illisible.

« Angie, baby, les affaires ont été bonnes aujourd’hui. »

La jeune femme s’était contentée de hausser les épaules. Inutile de s’engager dans un débat éthique avec Damon, après tout.

Il avait basculé son poids sur sa main droite, levant la gauche pour caresser la joue d’Angie du bout des doigts. « Ce n’est pas grave, mon ange, avait-il dit doucement. Déteste-moi autant que je t’aime, nous sommes liés jusqu’à la fin des temps. »

Là, elle lui avait jeté un regard noir qui l’avait fait ricané. Damon lui avait sourit d’un sourire radieux, avant de poursuivre : « Sais-tu, baby, ce que je fais de tous les clients que tu m’envoies ? ». Sa voix était un murmure hypnotique, et malgré elle, Angie se penchant vers le jeune homme. Il attendit qu’elle lève les yeux vers lui, et lui faisant un clin d’œil, poursuivit avec délice : « J’en fais des fantômes ! »

Il avait éclaté de rire, fier de lui, alors qu’Angie le dévisageait d’un air choqué.

« Ne fais pas cette tête, mon ange. C’est hilarant après tout. Ils veulent une deuxième chance alors qu’ils ont gâché la première. Pourquoi devrait-on leur offrir la possibilité de recommencer ? C’est un cadeau précieux, qui se mérite ! Alors je les renvoie chez eux, créatures éthérées et invisibles, ou presque. C’est une chasse au trésor, bébé, donc le premier prix est l’humanité. Si, en temps que fantômes, ils résolvent tous les problèmes que je place sur leur chemin, alors ils peuvent repartir de zéro. Sinon, pfft ! »

Il avait fait un geste étrange de ses mains qu’Angie avait refusé de comprendre. Une partie d’elle avait envie de croire qu’il n’était pas si mauvais, s’il offrait une autre chance à des âmes égarées, mais avant qu’elle ait eu le temps de s’attendrir, un long nez fin lui avait caressé la joue, et Damon, penché tout contre elle, avait murmuré à son oreille : « Et tu veux savoir le meilleur ? Je ne leur dis rien ! Je les renvoie tels quels, persuadés qu’ils retournent à leur misérable existence ! »

Il avait éclaté de rire, et un frisson glacé avait parcouru Angie.