lundi 3 septembre 2018

030918

Qu'écrire si ce n'est
Des mots d'amour sur des feuilles volantes
À semer au vent
Qui iront se perdre loin dans l'océan
Et quand l'encre coulera
Qu'on ne me dise pas
Que le sel est différent
Quand il vient de mes larmes

Que dire sinon
Des adieux déchirants
Sous un soleil brûlant
Qui coupe le ciel en deux
Et quand mon souffle suspendu
Se brisera sur ta nuque
Cette fin ne sera rien
Qu'un autre début

jeudi 26 octobre 2017

Exercice de style : Word War #3

Défi : écrire un maximum de mots en 15 minutes
Contrainte : "un accident..."


Elle s'était dit que ce serait chouette de faire un petit gâteau pour les accueillir. Un délice maison, quelque chose de doux et régressif, qui leur ferait une petite couverture douillette dans le ventre. Qui rappellerait les mercredis après-midi chez mémé, avec un chocolat chaud qui leur chatouillait le nez, et Ça Cartoone à la télé.
Bon, la pâtisserie, c'était pas trop son truc, de base, ni la cuisine de manière générale. Mais il faut parfois se lancer à l'aventure, non ?
Elle avait cherché une recette « gâteau de grand-mère » sur internet, et c'est là que le stress avait commencé à monter.
Ça avait l'air simple, pourtant, sur l'écran, simple et bon. Elle avait noué un joli tablier qu'une grand-tante lui avait offert à un Noël, il y a quelques années, avait sorti la farine du placard, et un saladier.
Un petit de musique en fond sonore, et elle s'était retrouvée à chantonner gaiement en faisant ses pesées.
L'épreuve des œufs s'était à peu près déroulée, en principe. Elle avait réussi à récupérer tous les morceaux de coquille, sans trop se sentir déstabilisée.
Le chocolat fondu au bain-marie, ça elle avait géré, elle s'en était mis un peu partout, elle aurait le temps de se laver.
Les zestes d'orange, c'était un peu plus compliqué, faut dire qu'elle était pas franchement équipée.
La levure, puis le sucre, qu'elle a jeté dans le mélange sans trop s'en soucier, la cuisson, 30 minutes à 180°C.

Ils étaient arrivés, bruyants et joyeux, ses frères, les neveux, les nièces, toute sa petite famille adorée. Toute fière d'elle, elle avait enfilé des maniques, sorti le gâteau du four. « C'est moi qui l'ai fait ! »
Admiration dans les yeux des invités, peu habitués. Elle sert le café, le chocolat, le thé. Découpe le gâteau, une petite part pour chacun, « Allez, goûtez ! »
Chacun porte la cuillère à sa bouche, et les sourires se transforment soudain en grimaces effarées.
Son frère aîné tousse, s'étouffe, recrache, éclate de rire.
« C'est horrible, c'est salé ! ».
Le visage décomposé, elle se précipite à la cuisine. Beau loupé !

mardi 24 octobre 2017

Exercice de Style : Word War #2

Défi : un maximum de mots en 15 minutes. Contrainte : placer une interruption

La colère avait pris Nora :
 - Un bouquin ! Un bouquin, bordel ! ON TOUCHE PAS AUX BOUQUINS ! Tu comprends pas, c'est pas possible ! Tu vois, tout ça, là, sur mes étagères ? C'est ma FAMILLE ! Mes amis ! Ils ont toujours été là pour moi. Depuis toute petite, je n'ai eu qu'une idée en tête, apprendre à lire. Les fesses dans une bassine, un été, j'ai tanné ma grand-mère pour qu'elle me lise un par un chaque mot de mon livre préféré. J'ai mémorisé tous les mots, et voilà, je savais lire. J'ai passé toute mon enfance le nez dans tous les bouquins qui me passaient sous le nez. J'en ai acheté, emprunté, récupéré sur les bancs publics, je m'en faisais des châteaux forts, je les soigne, les dépoussière, les serre tout contre moi et toi... toi, tu... tu...
 - Oui, mais...
 - NE M'INTERROMPS PAS ! Ce que tu as fait, c'est grave, c'est très grave. Je sais même pas si je pourrai te pardonner un jour. Regarde. Regarde ce que tu as fait ! Et puis écoute. Ecoute comme ils bruissent. Ils te jugent, là, tu vois. Thilliez, Chattam et King réfléchissent à la sanction à adopter. Grisham prépare déjà leur défense. Nothomb narrera ton enfance dans les champs de blé, et Hobb fera de toi un forgisé. Entends leur colère. Et demande pardon. Non, non, pas à moi, à eux. Demande pardon aux romans et aux recueils de poèmes. Demande pardon aux Poche et aux Broché, demande pardon aux « 1001 peintures du Louvre » et à « David Hockney ». Demande pardon aux catalogues, aux magazines, et même, tiens, à mon journal intime. Fais amende honorable pour ce que tu as fait. Et voyons ce que les livres disent...   

mardi 17 octobre 2017

Moi Aussi / Me Too

J'ai encore ce cri, caché dans le fond de ma voix
Comme une supplique : "Les voisins vont appeler les flics !"
Mais la police n'est jamais venue
Et moi j'ai trouvé ce mur.

Je me rappelle encore de tes mains, ces mains que j'aimais tant
Je me rappelle de ta réponse : "C'est pas ma faute si tu marques facilement."
Je me rappelle que tu m'avais promis, au tout début
De me protéger de la vie, de ce que j'avais vécu.

Je me rappelle de ta révolte, et de ton poing fermé
Alors dirigé vers ces autres qui m'avaient tant blessée
J'aurais dû savoir pourtant que ta colère de chevalier blanc
Finirait par m'engloutir, une nuit de novembre.

D'autres se sont chargés de faire "pire", avant toi ou après
Mais pour ce qui est de me détruire, tu les as surpassés
Je voulais ne rien dire, me taire, vivre dans l'oubli
Mais je ne peux que témoigner, à mon corps défendant : #MoiAussi

samedi 14 octobre 2017

Exercice de style : Word War #1

Elle avait sur la peau un parfum d'océan. Un goût salé, comme une caresse de soleil, sur sa peau restée pâle.
Je voulais l'embrasser, je voulais la boire, je voulais la goûter.
J'avais peur que sa peau de sel finisse par s'évaporer, sous les humeurs humides de mes baisers, et que l'amer remplace l'amour.

Finalement, c'est elle qui s'est enfuie, au bout de 5 ans, et j'ai eu l'impression de rendre à la mer tous ses flots de sel, évacués par mes qui ont tant coulé.


Pendant longtemps, je n'ai plus eu le goût de rien, ma vie était fade et terne, sans goût, sans piquant, sans amour.


Puis j'ai rencontré Abricot. Je l'appelle Abricot, parce qu'elle était douce et soyeuse, et qu'elle sentait comme la confiture de ma grand-mère. Il faut voir à quoi ça tient, parfois, la passion : à l'odeur d'une confiture de grand-mère. Je n'ai jamais osé lui précisé, d'où venait ce surnom que je lui avais donné. Il y avait comme un parfum d'interdit, comme une forme d'indécence, à aimer quelqu'un comme on chérit un souvenir. Peut-être aurais-je dû l'appeler Madeleine, en hommage à Proust.

Mais la confiture, ça a beau être doux et sucré, on s'en lasse. Je voulais grandir, je voulais aimer plus fort, je voulais des parfums de fleur, quelque chose d'enivrant, que l'on peut boire jusqu'à la lie.

Alors j'ai erré, de rose piquante en belle des champs, je me suis saoûlé de ces parfums entêtants, j'ai voulu recomposer dans mon cœur tout un bouquet, un éventail de femmes en fleur, qui a fini par fâner.

Maintenant je ne sais plus à quel sens me vouer. Peut-être finalement, ne savais-je pas aimer ? J'étais un collectionneur de saveurs, de parfums, de femmes-objets. J'ai poursuivi un but vain, insensé.
À l'automne de mes jours, tout m'échappe, se trouble, s'évapore, se ternit. Je n'ai plus goût à rien, ni même à la vie. D'un homme à femmes, je suis devenu un homme affadi.


Word War, késako ? Défi entre plusieurs NaNoteurs (ou NaNoteuses) qui consiste à écrire le plus possible pendant un temps imparti (ici, 15 minutes). Voir : NaNoWriMo

mardi 10 octobre 2017

En attendant le bus

J'étais là, assise sur mon banc, à attendre le bus sagement, quand il est arrivé.
C'était bien lui, cet homme que j'avais aimé de tout mon être, de toute mon âme, déjà dix ans plus tôt, dans une autre ville, dans une autre vie.

J'avais maintenant 30 ans, et il approchait de la quarantaine, ce qui lui seyait plutôt bien. Ces petites rides précoces que j'avais l'habitude de lisser du bout des doigts étaient plus profondes maintenant, et quelques autres les avaient rejointes.

Dix ans de vie loin, loin de mon esprit, avec son lot d'amours fanés et de... de quoi, je n'ai pas envie de le savoir.

J'ai souri, puis cligné des yeux. Il a disparu.