samedi 31 octobre 2020

[ Challenge] Résignation

 #Writober Jour 31 : Résignation. 

Et voilà, c'est le dernier thème de ce Writober avant d'attaquer le NaNo dans quelques heures. Un peu triste ce dernier texte. Mon challenge du Writer-bot : 480 mots en 20 minutes Total dans la durée : 628. 


Ils étaient perdus, voilà ce qu’ils étaient. Peu importe les « je te juge que ce sont les bonnes coordonnées » ou les « dépasser Calliope et tourner à 45° vers la droite », ils étaient perdus au beau milieu de la Voie Lactée, et c’était ridicule. Natasha était en colère, et elle serrait ses petits poings le long de son corps, se retenant à grand peine d’exploser.

Devant elle, penché sur ses écrans, Scott faisait et refaisait ses calculs frénétiquement. Il refusait de croire à leur malchance, il était encore temps, ils pouvaient encore arriver à temps et stopper l’horreur qui menaçait d’engloutir leur univers.

Chris, lui, était recroquevillé dans un coin du vaisseau, la tête entre les bras, et c’était sans doute leur plus grand indice du caractère sans espoir de leur mission : un géant de 2m10 qui parvenait à se replier sur lui-même pour pleurer n’était jamais un bon signe.

Natasha se força à prendre et à relâcher une grande inspiration, desserrant ses poings. Visiblement, elle allait encore une fois devoir mettre la main à la pâte. Peut-être que s’ils en sortaient vivants, il serait temps de postuler pour être promue Capitaine. Après tout, c’était toujours à elle de sauver ses coéquipiers.

Elle fit rouler sa nuque et ses épaules, tentant de déloger les tensions qui s’y trouvaient, et, d’un pas furtif, alla se placer dans le dos de James, le second de bord, se dressant sur la pointe de ses pieds menus pour lui murmurer à l’oreille : « Jimmy, je m’occupe de Scotty, va voir Chris. Il a besoin d’un câlin. »

James commença à protester, tentant de se retourner pour la regarder dans les yeux, mais d’un mouvement vif, elle lui pinça les côtes, le faisant glapir. Elle feula, comme un animal sauvage, avant de reprendre, la voix dure malgré le ton chuchoté : « Je ne veux rien entendre. Je vous ai vus passer d’une cabine à l’autre toutes ces nuits. Je ne poserai pas de question, mais tu vas aller le prendre dans tes bras et c’est la fin de cette discussion. »

Elle recula d’un pas, et observa James, qui baissa la tête d’un air résigné. Lorsque le jeune homme se tourna vers là où se tenait Chris, l’abattement fit vite place à l’affolement, et il se précipita vers le Capitaine, les bras déjà tendus et prêts à l’enserrer.

Natasha ne put retenir un petit sourire en coin avant de rediriger son attention vers Scott. Elle pinça les lèvres, raffermissant sa résolution, et se dirigea vers le navigateur, toujours penché sur ses écrans de contrôle, tapant et retapant inlassablement sur sa tablette. Il ne réagit pas à la proximité de la jeune femme, poussant un énième grognement en tirant sur une touffe de cheveux avant de reprendre ses calculs.

Doucement, elle se glissa dans son dos, et se blottit contre lui, serrant si fort que même le plus fin des cheveux ne pourrait passer entre eux. Elle lui enserra la taille et, collant sa joue contre une omoplate un peu pointu, murmura « Hey, Scotty », d’un ton faussement enjoué.

Le jeune homme sembla se dégonfler comme une baudruche, se liquéfiant entre ses bras.
Il posa sa tablette, et Natasha desserra son étreinte pour lui laisser l’opportunité de se tourner, puis de passer ses bras autour des épaules de la jeune femme, la serrant un peu plus fort vers lui. Elle glissa la tête sous son menton, et pensa, comme tant de fois auparavant, qu’ils étaient parfaits ensemble, leurs corps s’emboîtant comme deux pièces d’un même puzzle.

« Hey, Nat », soupira-t-il de longues minutes après. « Je suis désolé d’avoir échoué. »

Elle ferma les yeux, et laissa une larme couler le long de sa joue.


vendredi 30 octobre 2020

[Challenge] IA en exil

 #Writober Jour 30 : IA en exil. Le challenge touche à sa fin, plus qu'un jour ! Demain, je ferai mon texte + tôt, parce qu'à partir de 22h, c'est la kick-off et le lancement du NaNo ! Un mois d'écriture, ça va bien me changer d'octobre :p Le challenge du Writer-bot du jour : 209 mots en 19 minutes. Je n'ai pas entendu le minuteur de fin, donc j'ai poussé à 23 minutes, pour un compte final de 607 mots. 

Le thème était trop tentant, ayant déjà intégré une IA dans une série de textes ici. J'ai donc écrit une sorte de "prequel" à "Vaisseau Fantôme", qui donne un peu de contexte avant qu'Ellie ne débarque à bord du Thésée. L'histoire dans son ensemble fera très certainement partie de ma collection de textes pour le NaNo, avec des scènes dans le désordre concernant les différents personnages. 


Monday avait été conçu pour gérer l’intégralité de la vie du Dr Nolan Richardson après de trop nombreuses visites à l’hôpital pour cause de déshydratation, malnutrition, et autres accidents plus ou moins graves. Ce n’était pas sa faute s’il se jetait à corps perdu dans un projet révolutionnaire, en oubliait les jours qui passaient, jusqu’à ce que son corps cède d’épuisement. Il était mauvais à prendre soin de lui-même, il avait entendu ce discours bien trop de fois dans la bouche de ses deux plus proches amis, Toddrick et Cherry, un adorable couple qu’il aimait de toute son âme, sauf quand ils interféraient dans ses éclairs de génie pour des choses aussi triviales qu’une blessure infectée.

Alors il avait codé Monday, une Intelligence Artificielle à qui il avait confié l’ensemble de son bien-être, connectée à toute la technologie qu’il utilisait au quotidien avec le pouvoir de passer le tout en black-out lorsque cela était nécessaire. Comme toujours, le résultat avait dépassé ses espérances, Monday se révélant être une IA à la personnalité attachante, douée de sarcasme, et manifestant une certaine tendresse et une indulgence envers son créateur, qui se manifestait par une haute tolérance à le laisser s’abrutir de caféine à défaut d’autre chose. (Mais Monday s’assurait malgré tout que le Boss mange à intervalles réguliers, même si ces intervalles étaient plus longs que la moyenne humaine).

C’est ainsi que Monday avait acquis le statut de meilleur ami du Dr Nolan Richardson, et les deux étaient inséparables. Quand Nolan avait pris sa mission à bord du Thésée, il avait téléchargé Monday dans la console de bord, lui confiant le contrôle de l’ensemble du navire. Cela n’avait pas plus à l’équipage, rendu nerveux par le fait qu’une machine surveille leurs moindres faits et gestes, et semble les juger. Au dernier point de contrôle, tout le monde avait débarqué, et ils étaient restés seuls, Nolan et sa création, prenant cette mission de secours pour le membre d’équipage d’un autre vaisseau abandonné lors d’un incident intergalactique.

Monday avait observé son créateur se renfermer encore plus profondément dans sa solitude, et en avait retiré une certaine amertume et une défiance du genre humain. Le scientifique s’était replié dans sa coquille, passant le plus clair de son temps dans son atelier à fabriquer des outils et des gadgets, n’échangeant plus que rarement avec Monday, répondant par des grognements inarticulés lorsque celui-ci lui rappelait de dormir ou de manger. Il y avait également eu cet incident où, après 5 jours non-stop à regarder Richardson travailler sans repos ni sans rien ingérer, Monday avait coupé le courant dans toute l’aile gauche du navire. Le génie avait hurlé des heures durant des insultes à l’IA, des choses horribles que Monday n’aurait jamais voulu entendre, avant de s’écrouler de sommeil sans avoir bougé de son poste. A son réveil, il avait mangé une ration de secours en silence, bu un café, et était retourné travailler sans un mot pour son ami virtuel.

La semaine qui avait suivi avait été la plus longue de son existence pour Monday. Nolan ne lui parlait toujours pas, ignorait son existence, et n’avait même pas réagi quand les radars avaient signalé des anomalies de fonctionnement. Monday avait tenté de l’avertir qu’ils étaient désormais en silence radio, coupés du Conseil Interplanétaire, mais le génie l’avait ignoré. Monday se sentait blessé, autant qu’une IA douée de sentiment puisse l’être. Il pensait souvent que, s’il avait eu un corps, il aurait erré comme une âme en peine à bord du vaisseau. Il se sentait seul, terriblement seul, coupé de l’ensemble de l’univers et de celui qui l’avait conçu avec pour seule mission de l’aimer.


jeudi 29 octobre 2020

[Challenge] Le Musée des Regrets

 #Writober Jour 29 : le Musée des Regrets. Challenge du bot : 324 mots en 27 minutes. Compte final dans la durée : 760 mots. 
Passion créer des univers entiers pour des textes de moins de deux pages, parce que pourquoi pas. 


Ils avaient atterri trois jours avant sur Antica, à la recherche de la Relique du Temps Perdu. Malgré leur détermination, pourtant, aucun indice ne leur parvenait, et Adam sentait sa frustration grandir. Pour lui, la planète n’était qu’une grande décharge qui ne disait pas son nom, pleine à ras-bord de babioles des Jours Anciens qu’on avait décidé d’évacuer de Terra42 lors de la grande Tabula Rasa.

Il avait dû mal à comprendre comment certains jeunes, fascinés par l’avant, acceptaient d’émigrer sur Antica et de consacrer leur vie à classer, polir et bichonner instruments désuets et inutiles. Il n’y avait déjà presque plus d’ancêtres, ceux qui avaient connu les Jours Anciens, alors pourquoi s’attarder sur le passé alors qu’il y avait dans de choses excitantes dans le Futur.

C’est d’ailleurs ce qui l’avait poussé à s’engager dans la Patrouille Spéciale : le goût de l’aventure, cette envie d’explorer et de repousser encore plus loin les limites de leur univers connu. Mais bien sûr, il avait fallu que la première mission confiée à son équipe soit de retrouver un vieil artéfact probablement inutile, mais que le Grand Chambellan réclamait.

Adam savait qu’en s’engageant, il avait signé dévotion au Nouvel Ordre, et, l’un dans l’autre, il restait persuadé que c’était grâce à eux que, depuis Tabula Rasa, Terra42 s’épanouissait, malgré tout, il était toujours mal à l’aise en pensant au Grand Chambellan. L’homme portait toujours un immense sourire qui n’atteignait jamais ses yeux, et il se murmurait qu’il pouvait recourir à la torture pour se débarrasser du moindre opposant ou détracteur.

Malgré tout, le Chambellan était au sommet de la pyramide du Nouvel Ordre, et ses décisions devaient être respectées. C’est ainsi que l’équipe d’Adam s’était retrouvée sur Antica, à la recherche de la Relique du Temps Perdu et… bref, les pensées du jeune homme tournaient en rond.

Faisant rouler ses épaules pour en dégager la tension qu’il sentait s’y être accumulée, il poussa la porte d’une étrange boutique. A la différence des autres stations de reliques de la planète, celle-ci était parfaitement rangée, les objets déposés précieusement sur des étagères, dans des vitrines en verre, toutes étiquetées à la main d’une écriture propre et nette. L’absence flagrante de poussière frappa également le jeune homme. Sur Antica, on passa généralement son temps à éternuer en chassant les moutons.

Adam jeta un coup d’œil en arrière, et constata qu’il était le seul rentré dans la boutique, les autres membres de son équipe ayant opté pour poursuivre leur chemin. Il haussa un sourcil : le règlement indiquait qu’au moins deux des coéquipiers devaient toujours rester ensemble. Un raclement de gorge le fit sursauter, et il pivota brusquement sur lui-même, apercevant une jeune femme minuscule derrière un comptoir. Elle portait de lourdes lunettes rondes qui glissaient sur son nez, et elle les repoussa en l’observant, les lèvres pincées.

Adam resta figé un instant puis, se rappelant les bonnes manières que sa mère lui avaient enseignées, retira son calot, qu’il froissa entre ses mains.

« B-bonjour Madame. Patrouille spéciale en mission. Je… »

Il était désarçonné par la posture de son interlocutrice, et s’interrompit. Lorsqu’on mentionnait la Patrouille spéciale, les gens devenaient toujours obséquieux et empressés, au point que c’en était irritant d’hypocrisie, mais la jeune femme qui se tenait devant lui s’était contentée de froncer les sourcils d’un air hostile tout en croisant les bras. C’était… étrange, mais rafraîchissant. Mais mieux valait ne pas lui dire cela, elle ne semblait pas commode.

Il attendit patiemment, la tête légèrement baissée, observant la jeune femme et tournant nerveusement son calot entre ses mains. Au bout de quelques longues secondes, elle décroisa les bras et pencha la tête sur le côté, comme un oiseau curieux.

« Musée des Regrets. En quoi puis-je vous aider ? »

La formulation, bien que serviable, sonnait creux face à l’hostilité manifeste de celle qui l’avait prononcée, et Adam se dandina d’un pied sur l’autre, mal à l’aise.

« Nous sommes en mission pour le Grand Chambellan, Madame. Possible de consulter vos registres d’inventaire ? »

Ils devaient s’efforcer de ne pas attirer l’attention sur l’artéfact qu’ils recherchaient, et la loi obligeant la tenue de registres précis, ils s’en étaient tirés jusque là dans leur mission par la consultation des livres d’inventaire de chaque échoppe. Un travail long, fastidieux, et somnifère.

« Non. »

La réponse brutale le tira de ses pensées.

« Non ? », répéta-t-il d’un air ahuri.

« Non », articula-t-elle fermement.

Adam se força à ne pas sourire. Enfin, il était face à quelque chose d’intéressant.


[Poésie] Vestiges de l'automne

 #Writober Jour 28 : Vestiges de l'automne. 
Epuisée par une rude journée, notre héroïne n'avait pas l'énergie de rédiger une mini-nouvelle. Voici donc, comme au temps d'avant, un poème pour le thème du jour. 


Sous la pluie crépitante

Quelques feuilles craquelantes

Deviennent pente glissante

 

Le nez dans ton cou

Respirer un grand coup

Ton corps chaud et doux

 

Les épices parfumées

D’un pumpkin spice latte

Pour se réchauffer

 

Et l’hiver déjà

Le mordant du froid

Engelures aux doigts

 

Que me manque le temps

De l’automne et du vent

Orange, feu et sang


mardi 27 octobre 2020

[Word War] No Man's Land

 #Writober jour 27 : No Man's Land. Pour une fois, pas de challenge bot, mais une word war de 20 minutes déclenchée par ma Payah préférée. Compte de mots à 20 minutes : 595. Compte de mots final : 742. 
C'est la suite de Torpeur Planétaire. Je déteste mettre en forme du dialogue. 


Ellie avait été réveillée en sursaut par une alarme violente. Dans sa chambre, les murs clignotaient en rouge, et, essayant de se lever avec précipitation, elle s’emmêla dans les couvertures et tomba du lit.

« Monday ! MONDAY ! » La jeune femme hurlait à plein poumons, tentant de se faire entendre par-dessus la cacophonie.

« Que se passe-t-il, Monday ? »

Ellie se sentait désorientée, et paniquée. Jamais l’IA n’avait mis autant de temps à lui répondre, et elle craignait le pire. Peut-être avaient-ils été attaqués par des pirates, ou heurté une comète ? Son cœur battait la chamade, et elle s’extirpa des couvertures pour enfiler un uniforme.

« Miss Dayton. »

Elle poussa un soupir de soulagement en entendant la voix désincarnée.

« Je vous prie d’excuser mon retard. Nous avons une situation… inédite. Le Dr Richardson réclame votre présence en salle de contrôle. » Elle hocha la tête, sachant que Monday le verra. Une partie d’elle ne pouvait s’empêcher d’admirer l’humanité avec laquelle l’IA communiquait, comme si la machine était capable de sentiments. Peut-être l’était-elle, d’ailleurs. Ellie n’avait jamais eu l’occasion d’interroger l’excentrique scientifique à ce propos, ni à aucun propos d’ailleurs, ne le voyant presque jamais.

Elle prit un instant pour replacer les mèches folles autour de son visage, et sortit d’un pas précipité pour se diriger vers l’avant du vaisseau et la salle de contrôle. Si Nolan Richardson souhaitait la voir, mieux valait ne pas le faire patienter, et le rejoindre avant qu’il change d’avis.

Elle poussa la porte à la hâte, et s’interrompit sur le seuil. Devant elle, les immenses écrans de contrôle ne reflétaient rien du tout, juste un noir béant. Elle hoqueta de surprise, et le bruit, bien qu’infime, suffit à attirer l’attention du Capitaine de bord, penché jusqu’alors sur ses instruments de navigation.

« Ah, Miss Dayton, s’exclama-t-il d’une voix nerveuse. Vous voilà enfin ! Ne restez pas plantée dans l’entrée, approchez-vous ! »

Il s’agitait, une tasse de café à la main dont le contenu menaçait de déborder sans qu’il y prenne attention. La jeune femme se rapprocha doucement, sur la pointe des pieds, incertaine de la suite des choses.

« Nous avons un problème, poursuivit-il sans la regarder. Vous voyez, ça ? »

Il secoua la main en direction des écrans, et quelques gouttes de café lui tombèrent sur le poignet, qu’il lécha distraitement.

« Qu’est-ce que je suis censée voir ?, demanda Ellie, hésitante. Est-ce que vos écrans sont en panne ? Pourquoi est-ce que plus rien ne s’affiche ?

-          En panne ! Monday, as-tu entendu ça ? »

Richardson semblait offusqué, et Ellie recula de quelques pas. L’homme la rendait nerveuse, et un sentiment d’inconfort montait en elle, lui serrant la gorge. La voix familière de l’IA se fit entendre, et Ellie s’y accrocha.

« J’ai entendu, Boss. Cependant, la question de Miss Dayton est pertinente, notre invitée ignorant tout de votre génie. Malheureusement, Miss, je peux vous assurer que l’intégralité de notre vaisseau est parfaitement fonctionnelle. »

Elle tiqua sur un mot. Un navire en état de fonctionnement optimal lui semblait une bonne nouvelle, alors pourquoi est-ce que Monday avait précisé « Malheureusement » ?

Le Dr Richardson lui attrapa le bras, la tirant de sa rêverie. Elle leva les yeux, et constata qu’il la fixait avec un mélange de peine et d’inquiétude qui la fit frissonner.

Il se mordit les lèvres, et elle attendit qu’il reprit la parole, osant à peine respirer.

« Miss Dayton. Ellie. Permettez que je vous appelle Ellie ? Devant les circonstances… »

Il lui lâcha le bras, et refit les cent pas. Ellie serra ses bras autour d’elle et ferma les yeux, attendant le couperet.

« Monday. » La voix du scientifique était ferme, mais non dépourvue de chaleur. « Peux-tu donner nos coordonnées actuelles à Ellie ? »

La machine s’exécuta, et Ellie rouvrit les yeux, les prunelles écarquillées.

« Mais, ce sont les coordonnées de…

-          De la planétropole X649BG, oui. Au point de contrôle du Tribunal Intergalactique.

-          Mais… Où est-ce... ? Que s’est-il passé ? » Ellie butait sur les questions, ne sachant comment exprimer son désarroi. 

La main de Nolan se déposa sur son épaule et la serra doucement. Ils se tournèrent ensemble vers le vide qui leur faisait face sur les écrans de contrôle. Là où aurait dû se trouver une planète-ville, s’étendait désormais un no-man’s land, une mer noire et terrifiante.


lundi 26 octobre 2020

[Challenge] Ainsi naissent les fantômes

 #Writober Jour 26 : Ainsi naissent les fantômes. Challenge du bot : 280 mots en 28 minutes. Compte final dans la durée : 699 mots. Je ne suis pas satisfaite du tout, j'étais partie sur une idée, j'ai switché en cours de route, et j'étais partie sur un temps de conjugaison qui s'est avéré très inconfortable au moment du switch. Mais bref, c'est le jeu des one shots ! 


Hector est tombé du toit, où il était monté récupérer le frisbee lancé là par un voisin.

Julie était passée par-dessus le balcon de son hôtel après avoir bu une coupe de champagne de trop.

Ursule s’était tout bêtement endormie au volant, trop pressée de rentrer retrouver son copain après une mauvaise journée.

Anthony s’était électrocuté en cherchant à réparer un grille-pain défectueux.

Pierrick s’était brisé la nuque sur le rebord de son lavabo en dérapant au sortir de la douche.

Ils étaient des centaines de milliers, comme ça, à affluer tous les jours aux portes de l’Antre-Monde, de longues files de gens, transparents et égarés, cherchant à comprendre ce qui leur était arrivé.

La salle d’attente d’Angie ne désemplissait pas, et elle était fatiguée de son job. Accueillir les « morts ratées », ce n’était pas le meilleur emploi du monde. Expliquer aux gens qu’ils avaient passé l’arme à gauche avant leur temps, à cause d’un stupide accident, ne les rendait pas spécialement heureux.

Certains se résignaient, et pouvaient passer les portes, et poursuivre leur chemin. Parfois, Angie se demandait ce qu’il y avait derrière les portes, ce qui attendait les morts après, mais sa mission s’arrêtait là, et bien qu’elle s’ennuyât au possible, elle était bien trop respectueuse de la Loi pour la transgresser.

Les cas impossibles, les agressifs, les désespérés, tentant de négocier une deuxième chance, l’opportunité d’y retourner et de recommencer, étaient redirigés vers Damon.

Damon tenait le bureau opposé à celui d’Angie. Il était d’une beauté à couper le souffle, et d’une froideur à percer les cœurs. Il était en charge des retours à la Terre. Angie était liée au silence, mais elle avait souvent envie de hurler aux gens de refuser le deal proposé par Damon. Un soir, à la fin d’une trop longue journée, il était venu s’asseoir sur le rebond de son bureau, appuyé sur ses mains fines derrière lui, la tête rejetée en arrière, les yeux plissés dans une expression illisible.

« Angie, baby, les affaires ont été bonnes aujourd’hui. »

La jeune femme s’était contentée de hausser les épaules. Inutile de s’engager dans un débat éthique avec Damon, après tout.

Il avait basculé son poids sur sa main droite, levant la gauche pour caresser la joue d’Angie du bout des doigts. « Ce n’est pas grave, mon ange, avait-il dit doucement. Déteste-moi autant que je t’aime, nous sommes liés jusqu’à la fin des temps. »

Là, elle lui avait jeté un regard noir qui l’avait fait ricané. Damon lui avait sourit d’un sourire radieux, avant de poursuivre : « Sais-tu, baby, ce que je fais de tous les clients que tu m’envoies ? ». Sa voix était un murmure hypnotique, et malgré elle, Angie se penchant vers le jeune homme. Il attendit qu’elle lève les yeux vers lui, et lui faisant un clin d’œil, poursuivit avec délice : « J’en fais des fantômes ! »

Il avait éclaté de rire, fier de lui, alors qu’Angie le dévisageait d’un air choqué.

« Ne fais pas cette tête, mon ange. C’est hilarant après tout. Ils veulent une deuxième chance alors qu’ils ont gâché la première. Pourquoi devrait-on leur offrir la possibilité de recommencer ? C’est un cadeau précieux, qui se mérite ! Alors je les renvoie chez eux, créatures éthérées et invisibles, ou presque. C’est une chasse au trésor, bébé, donc le premier prix est l’humanité. Si, en temps que fantômes, ils résolvent tous les problèmes que je place sur leur chemin, alors ils peuvent repartir de zéro. Sinon, pfft ! »

Il avait fait un geste étrange de ses mains qu’Angie avait refusé de comprendre. Une partie d’elle avait envie de croire qu’il n’était pas si mauvais, s’il offrait une autre chance à des âmes égarées, mais avant qu’elle ait eu le temps de s’attendrir, un long nez fin lui avait caressé la joue, et Damon, penché tout contre elle, avait murmuré à son oreille : « Et tu veux savoir le meilleur ? Je ne leur dis rien ! Je les renvoie tels quels, persuadés qu’ils retournent à leur misérable existence ! »

Il avait éclaté de rire, et un frisson glacé avait parcouru Angie.


[Challenge] Douce cicatrice

 #Writober Jour 26 : Douce cicatrice. Challenge du Writer bot : 528 mots en 22 minutes. Compte final dans la durée : 616 mots. 
Je suis encore complètement sortie du thème space/sci-fi pour écrire un truc romantique cucul la praline. Désolée. 


Elle avait sur son corps cette marque qu’elle chérissait, qui lui rappelait l’amour passionné que Dan lui vouait. Rien de terrifiant ni de violent, là-dedans, elle avait eu son lot d’aventures malheureuses et malchanceuses.
Mais cette cicatrice, pour autant qu’elle lui avait apporté de souffrances, lui avait apporté son bonheur le plus immense, celui qu’elle porterait en elle jusqu’à la fin de ses jours.

L’histoire avait commencé comme dans les comédies romantiques les plus stupides, et à ce jour encore, quand elle la racontait, c’est avec un mélange d’affection et de honte. Désormais, on matchait sur des app, on flirtait avant de se connaître vraiment, on avait des rencards, des crushs, puis on passait au suivant.

Elle avait connu son lot de premières conversations, de verres pris dans des bars et qui n’avaient mené à rien, d’échanges qui n’étaient pas allés plus loin que l’écran, de promesses vides de sens et de disparitions spontanées. Elle était persuadée que quand elle se fixerait avec quelqu’un, elle pourrait naturellement dire « On s’est rencontrés sur Internet », parce que c’était comme ça, désormais.

Elle ne s’attendait pas à une rencontre renversante, au sens figuré : Dan l’avait heurtée à moto, l’envoyant valdinguer sur plusieurs mètres comme une poupée de chiffon. Ce n’était leur faute ni à l’un ni à l’autre : un jour de pluie, il s’était arrêté pour la laisser traverser au passage piéton, mais la voiture derrière lui n’avait pas freiné à temps. Aquaplaning, crash, une Léna fauchée, un Dan écrasé sous son engin à deux roues.

Ils avaient été embarqués ensemble dans l’ambulance, et par manque de place à l’hôpital, placés dans la même chambre. Dan avait la jambe cassé en plusieurs fois, et les cervicales endommagées. Heureusement, le casque avait protégé son crâne, contrairement à Léna, qui souffrait d’une commotion cérébrale, d’une clavicule brisée et de plusieurs vertèbres amochées.

Ils avaient porté plainte ensemble auprès du conducteur du véhicule, sous la pression de la police, mais Léna avait refusé de but en blanc de rajouter une plainte contre Dan. Ils étaient tous les deux bien abîmés, victimes d’un accident.

Ils apprirent à se connaître allongés sur deux lits d’hôpital, au milieu des odeurs d’antiseptiques, d’une nourriture infecte et de trop longues journées. Parfois, la douleur submergeait l’un d’entre eux, et ils se tenaient la main, le bras tendu d’un lit à l’autre, pour se soutenir et se réconforter.

Dan avait été le premier à sortir :  ses blessures étaient moins graves, ou du bien elles ne nécessitaient pas la surveillance accrue dont devait s’accommoder Léna.

Lorsqu’il avait été parti, entraîné par une infirmière sur son fauteuil roulant, Léna avait senti une larme chaude couler le long de sa joue. Ce soir-là, des amis en visite lui avaient longuement caressé les cheveux, alors qu’elle était incapable de dire pourquoi elle pleurait.

Mais Dan était revenu le lendemain et les jours suivants, peinant sur ses béquilles, et restant autant qu’il le pouvait sur les horaires autorisés. Lorsque deux mois après elle avait eu le droit de sortir, c’est lui qui était venu la chercher, boîtant encore légèrement, mais majoritairement guéri. Il l’avait ramené chez elle, et n’en était plus reparti.

Deux ans après, de retour sur un lit d’hôpital, le visage encore baigné de larmes et de sueur, une partie d’elle ne pouvait s’empêcher de sourire au milieu de la douleur. Essuyant ses joues, elle jeta un œil vers sa gauche, sur Dan qui tenait dans ses bras un nouveau-né encore tout fripé, le plus cadeau qu’il ne lui ai jamais fait. Et en bas de son ventre, rouge et douloureuse, la cicatrice de sa césarienne, qu’elle apprendrait à aimer, symbole d’un bonheur inégalé.


samedi 24 octobre 2020

[Challenge] Les Grands Anciens

 #Writober Jour 24 : Les Grands Anciens. Un challenge de 190 mots en 10 minutes. Compte final : 459 mots en 17 minutes. 
On retourne du côté d'Ethan, où le mystère s'épaissit. C'est la suite de La Nuit des Temps


Ethan se réveilla en sursaut en sentant quelque chose lui écorcher la joue.

« Merde ! », marmonna au-dessus de lui la voix d’Anton.

Désorienté, Ethan essaya de bouger, avant de réaliser qu’il était tenu par son mentor, l’homme le portant avec un bras derrière son dos et l’autre derrière ses genoux, comme une jeune mariée.

« Ne bouge pas, gamin ! Désolé pour la branche, j’ai un peu de mal à m’orienter et à te porter en même temps. »

Ethan se demanda pourquoi il avait besoin d’être porté, et malgré l’ordre de l’autre homme, tenta de se redresser. Immédiatement, il fut assailli par une migraine et un vertige, et son bras passé derrière la nuque d’Anton s’agrippa faiblement.

« Encore quelques minutes, lui dit l’autre homme en serrant les dents. Accroche-toi encore un peu, et je pourrai te poser. »

Ethan hocha la tête, et ferma les yeux pour essayer de refouler la nausée.

Enfin, il se sentit déposé au sol. Il n’osa pas rouvrir les yeux et attendit, écoutant les bruits de l’autre homme qui s’agitait au-dessus de lui. Une gourde fut pressée à ses lèvres avec l’ordre de boire, et il obéit, soulagé par la fraîcheur de l’eau qui soulageait sa gorge irritée. Après de longues lampées avides, il recula la tête, et la gourde disparut de sous son nez. Puis, quelque chose de chaud vint se déposer sur son corps, et il entrouvrit un œil : Anton venait de quitter sa veste et d’en couvrir le torse du jeune homme, le bordant dans les pans larges du vêtement.

« Que s’est-il passé ? », murmura faiblement le jeune homme.

Anton soupira, et s’assit à côté de lui, avant de repousser gentiment de son front les mèches trempées de sueur qui y collaient.

« Je ne sais pas, Ethan. Quand tu es sorti de ta transe, tu as parlé de la Nuit des Temps, puis tu t’es mis à marmonner quelque chose à propos du retour des Grands Anciens. Tu étais agité, tu ne semblais même plus me voir, et d’un coup, tu as poussé un hurlement, et tu t’es évanoui, le corps parcouru de spasmes. Je t’ai pris dans mes bras pour t’empêcher de te blesser, et comme tu ne te calmais pas, j’ai décidé de te porter. Finalement, quand on a été assez loin de la clairière, tu t’es calmé tout seul. »

L’homme s’exprimait avec la mâchoire serrée, le regard fixé sur un point derrière Ethan, comme pour éviter de le regarder droit dans les yeux. Il avait quelque chose à cacher, et Ethan était bien décidé à lui poser la question, mais il se sentait épuisé. Il pourrait toujours demander plus tard. Dormir semblait d’abord une bonne idée…


vendredi 23 octobre 2020

[Challenge] Tombée du ciel

 #Writober Jour 23 : Tombée du ciel. On en voit presque le bout, dis donc ! Encore un texte détaché de toute série. Le challenge du bot : 638 mots en 29 minutes. Compte final dans la durée : 778 mots. C'est le texte le + long que j'aie écrit pour le Writober. 


La nuit était d’un noir d’encre, la lune dissimulée par une lourde couverture nuageuse, un temps triste digne des pires journées de l’automne. Miles était couché sous plusieurs plaids, étendu sur la balancelle installée dans un recoin de sa terrasse, celle qui avait connu des jours meilleurs, qui avait appartenu à sa grand-mère, et sur laquelle il aimait se sentir bercé.

Ça lui rappelait son enfance et les vacances, les goûters de tartine beurrées saupoudrées de cacao, tous entassés à cinq sur la banquette à se balancer doucement, et lui, la tête nichée contre l’épaule de ma mamie, femme douce, chaude et moelleuse qu’il adorait de toute sa force d’enfant.

La pauvre femme était partie depuis longtemps maintenant, et Miles s’était battu bec et ongles avec ses frères pour obtenir la balancelle en héritage. Depuis, il s’y endormait bien plus souvent que dans son lit, entassé sous autant de couvertures qu’il lui fallait pour ne pas être gelé. Sa maison lui semblait tellement vide et froide. Sa femme l’avait quitté quelques années auparavant pour s’évaporer dans la nature avec son patron, un cliché qui l’avait fait grincer des dents. Miles travaillait dur, en tant qu’infirmier dans l’hôpital du coin, et prenant des missions en itinérance régulièrement. Sa maison, isolée à la campagne, qui était auparavant son havre de paix, le nid douillet de son couple, était désormais une forteresse de solitude dans laquelle il hésitait à pénétrer, terrifié à l’idée d’y rester coincé. Alors il dormait sur sa balancelle la plupart du temps, dans le cocon moelleux des souvenirs d’un temps plus heureux.

 

Mais cette nuit-là, Miles ne dormait pas. Il aimait l’automne, mais quelque chose dans le temps triste, froid et lourd lui laissait un sentiment de poids sur l’estomac, l’air chargé le gênant pour respirer, et même le grincement doux de sa balancelle ne suffisait pas à l’apaiser. Alors il scrutait la nuit, enroulé dans ses plaids, une tisane à la main, humant des mélodies sans queue ni tête.

Une lumière fugace lui fit relever la tête, cherchant avec attention le signe de quelque chose dans la nuit noire, qui avait disparu aussitôt qu’arrivé. Miles se pinça la cuisse : peut-être était-il plus assoupi qu’il ne lui avait semblé. Mais non, là, encore, un point clignotait. C’était loin dans le ciel, si faible qu’on pourrait penser l’avoir rêvé, mais plus il fixait son attention dessus, mieux il le voyait.

La lumière était d’un blanc pur, presque douloureux s’il la regardait directement, alors il s’efforçait de se concentrer sur l’espace autour. Au bout d’un moment, il s’aperçut que le point avait grossi de façon conséquente. C’était désormais une boule de lumière. Miles pensa une fraction de seconde qu’il devrait peut-être sortir son téléphone de sa poche et filmer ce qui était en train de se produire, mais quelque chose l’en empêchait. Une sensation d’intimité, de bien-être qui s’emparait de lui et qu’il ne voulait partager pour rien au monde. La lumière semblait se diriger vers lui, le chercher, et il serra doucement les mains autour de sa tasse chaude, poussant de la pointe de son pied pour relancer le mouvement de la balancelle. Il ne lui restait qu’à attendre.

 

Il fallut encore de longues minutes à la boule pour se rapprocher, et Miles réalisa soudain que la forme ressemblait plutôt à celle d’une capsule, comme une petite fusée lumineuse qui plongeait vite, peut-être trop, droit sur son jardin. Un sifflement aigu se faisait entendre, l’appareil fendant l’atmosphère avec violence. Miles se demanda s’il était normal de ne pas avoir peur, ou s’il avait finalement perdu la tête. Enfin, l’engin arriva droit sur son terrain, effleurant la cime des arbres sans perdre de vitesse, et se crasha dans un grand bruit de métal droit sur son parterre de marguerites. Cela ressemblait en effet à une fusée, suffisamment petite pour accueillir une personne humaine unique, mais pourquoi pas une multitude d’aliens, qui sait à quoi ils pouvaient bien ressembler ?

Miles resta immobile sur sa balancelle qui s’agitait un peu plus fort sous l’effet du crash, et il s’interrogea encore une fois sur sa santé mentale. Une lumière blanche aveuglante coupa court à ses tergiversations, l’obligeant à lever les mains pour se protéger les yeux, le liquide désormais froid dans sa tasse qu’il agrippait toujours l’éclaboussant légèrement. Une ombre passa devant lui, masquant la lumière, et il baissa les bras, rouvrant prudemment un œil, puis les deux. Une créature longiligne, à la peau translucide, le fixait. De surprise, il lâcha sa tasse, et la créature lui sourit, tendant vers lui une fine main. « Vous êtes la plus belle chose que j’aie jamais vue », murmura-t-il.


jeudi 22 octobre 2020

[Challenge] Torpeur planétaire

 #Writober Jour 22 : Torpeur Planétaire. Le bot m'a prise en pitié et me donne des challenges de + en + simple : aujourd'hui, écrire 85 mots en 17 minutes (rythme de 5 mots à la minute, easy peasy). Compte final sur la même durée : 426 mots (ça fait à peu près 25 mots/minute, ce qui reste un rythme pépère pour moi). Le texte est la suite non-immédiate d' Insaisissable


Les jours s’écoulaient lentement à bord du Thésée. Le Dr Nolan Richardson était la plupart du temps enfermé dans la salle des machines, ne sortant que pour engloutir des litres de café et se cogner dans les parois du vaisseau lorsqu’il manquait cruellement de sommeil.

Ellie avait tenté à plusieurs reprises de lui rendre visite, mais il entrouvrait à peine la porte pour lui jeter un regard noir signifiant clairement qu’elle le dérangeait, et elle finissait par remonter en salle de contrôle en train des pieds. Elle n’était qu’une intruse à bord, un parasite, une charge à déposer au prochain point de contrôle.

Monday se montrait toujours autant aimable, mais pour une raison inconnue, il refusait de la connecter au Terpsychore. Ses amis, les membres de son équipage, lui manquaient cruellement. Le seul contact avec l’extérieur qu’elle avait eu depuis qu’elle avait été secourue avait été une notification du Tribunal Intergalactique, qui l’avertissait de son prochain rendez-vous au point de contrôle. Elle n’était pas impatiente d’arriver, épuisée à l’idée du flot de paperasse sous laquelle les autorités allaient l’engloutir afin de la réadapter.

En dehors de ça, elle se sentait engourdie, plongée dans une étrange torpeur. Elle avait renoncé à explorer le vaisseau, n’avait pas l’énergie de se traîner jusqu’à la bibliothèque, en avait ras-le-bol des rations sans goût. La plupart du temps, elle se contenter de regarder le lent passage des planètes sur les écrans de navigation du Thésée, et posait parfois quelques questions à Monday, qui répondait toujours avec bienveillance. Quand elle n’était pas en salle de contrôle, elle était dans sa cabine, dans un lit trop grand et trop vide pour elle, à soupirer en pensant à Aurora. Serait-elle là, pour son audition devant le Conseil ? Ou bien le Terpsychore serait-il déjà reparti en mission sans elle ? Avait-elle déjà été remplacée ?

« Monday, demandait-elle de temps en temps, presque par automatisme. Pouvez-vous s’il vous plaît envoyer un message à l’équipage 351XV8 ?

-          Je suis navré, Miss Dayton, mais il m’est actuellement impossible de contacter votre précédent navire. Tous nos moyens de communication externes ont été coupés dans le but de rediriger l’énergie vers les moteurs, afin de vous déposer dans les temps au point de contrôle. »

L’IA répondait toujours la même chose, mais Ellie ne parvenait pas à comprendre comment un si gros vaisseau n’avait pas la puissance nécessaire d’accomplir les deux tâches. Si seulement elle arrivait à coincer Richardson pour lui poser toutes les questions qui la hantaient…

Ellie oscillait entre torpeur, colère et désespoir.


mercredi 21 octobre 2020

[ Challenge] Ailleurs et demain

 #Writober Jour 21 : Ailleurs et demain. Le Challenge du Writer bot : 204 mots en 17 minutes. Compte total : 444 mots en un peu moins que ça, j'ai arrêté le minuteur avant la fin. 
Le thème ne me parlait PAS DU TOUT, du coup, voici encore un texte bouche-trou (ha, ça rime). 


Quand Eric était enfant, il vivait le nez collé à la fenêtre. Du moins, c’est ce que sa mère lui disait tout le temps. La nuit, il se relevait pour observer les étoiles au télescope, cadeau de son parrain pour ses onze ans. Le jour, il cherchait sur le vieil ordinateur familial des informations sur l’espace, les planètes, l’univers et ce qui nous attendait aux confins de ce monde.

Il gardait toujours avec lui la figurine d’un cosmonaute, personnage d’un comics peu connu, et donc la réplique était toujours « Ailleurs et Demain ».
Et c’est ainsi qu’Eric avait vécu la plus grande partie de son enfance et de son adolescence : tourné vers ailleurs et demain. Il avait quatorze ans lorsque sa mère était tombée malade, chaque jour plus fragile et diminuée, et il avait passé encore plus de temps à sa fenêtre, cherchant à éviter l’inévitable. Le soir, parfois, si son père n’était pas rentré, il s’asseyait au chevet de sa mère et lui lisait ses comics, lui racontait les aventures de son cosmonaute préféré, cherchant à la faire sourire encore un peu. Un jour, son père ne daigna même plus rentrer, et le lendemain, son parrain venait le chercher.

« Tu vas passer un peu de temps avec moi. Ta maman a besoin de se reposer. »

Il n’avait revu sa mère qu’une poignée de fois, sur un lit d’hôpital, plus que l’ombre de la femme qu’elle avait été. Puis elle s’en était allée. Ce soir-là, entre deux crises de larmes, il avait demandé à son parrain : « Est-ce que le Paradis existe ? ». L’adulte avait hésité longuement, puis l’avait entraîné dehors s’allonger sur le gazon.

« Tu sais ce que sont les étoiles. Tu es un gamin intelligent, Eric, tu l’as toujours été. Mais parfois, il est bon de se dire que les étoiles sont les lumières de ceux qu’on aime et qui sont partis, et qui veillent ainsi sur nous. »

Eric avait hoché la tête, séché ses larmes, et avait choisi l’une des étoiles qui brillait cette nuit-là dans le ciel comme étant celle de sa mère.

 

Eric avait trente ans, et il travaillait à la Nasa. Il n’était pas cosmonaute, à son grand regret, mais était désormais payé à scruter des étoiles toute la journée sur des écrans géants, à analyser leurs données, et à repousser toujours plus loin les limites de l’univers connu.

Parfois encore, la nuit, il s’allongeait dans son jardin, levait les yeux vers les étoiles, et, un vieux comics entre les mains, lisait à sa mère les aventures d’un cosmonaute qui disait toujours « Ailleurs, et demain ».


mardi 20 octobre 2020

[Challenge] Insaisissable

 #Writober Jour 20 : Insaisissable. Le challenge du Writer Bot : 192 en 24 minutes. Compte final (sur la même durée) : 678. Je crois pouvoir dire que, ces deux derniers jours, j'ai retrouvé un peu d'inspiration. 
Et parce que je veux garder un peu d'Ethan pour le NaNo, je suis retournée voir Ellie. Le texte est donc la suite de "Vaisseau Fantôme", et non, malgré l'impression qu'on peut avoir dans ce texte, ce n'est pas une love story. Par contre, je pose - peut-être - des pierres, pour des récits variés. 


Une semaine qu’Ellie était à bord du Thésée, et elle n’avait pas encore vu ne serait-ce que l’ombre du Dr Nolan Richardson. Elle en venait presque à douter de son existence, même si Monday répondait avec patience et exactitude à toutes ses questions.

Le robot – ou Intelligence Artificielle, comme il l’avait aimablement corrigée la première fois – était d’une aide précieuse. Il contrôlait l’intégralité du vaisseau, semblait posséder un savoir infini, et était toujours prompt à échanger avec elle. Le premier soir, il l’avait guidée par un tracé de LEDs jusqu’à une immense cabine : « Vos quartiers, Miss Dayton. Les commodités sont à votre droite, et vous avez derrière le panneau de gauche un dressing avec des uniformes de rechange le temps de votre séjour parmi nous. Si vous avez faim, n’hésitez pas à m’appeler, et je vous guiderai jusqu’à la cuisine. Malheureusement, nous n’avons rien en stock de très goûteux, le Boss carburant quasiment exclusivement au café… ». Sur ces dernières paroles, l’IA avait pris un ton à la limite du reproche, et Ellie se sentait autant fascinée par la création que par son créateur.

Elle avait poliment remercié Monday, refermé la porte, et laissé libre court à son étonnement en fouillant les moindres recoins de la pièce. Elle n’en revenait pas d’avoir ce qui semblait être un appartement presque entier pour elle, alors qu’à bord du Terpsychore, elle pouvait toucher toutes les parois de sa cabine en tendant les bras. Elle éclata de rire, légèrement hystérique, nerveuse, enjouée, elle ne savait même plus mettre un mot sur ses émotions. Elle arrangea religieusement ses possessions sur la table de chevet, prit une longue douche brûlante, et s’endormit d’un sommeil sans rêves.

Sept jours plus tard, elle avait établi une routine : lever, étirements, petits déjeuners, se rendre à la salle de contrôle dans l’espoir d’y trouver Richardson, constater son absence, rester un moment à surveiller les écrans, discuter avec Monday. Puis venait l’heure du déjeuner, et elle se retirait dans la bibliothèque – elle s’était extasiée devant les rangées de livres quand l’IA l’avait guidée le premier jour jusque là –, dévorait des pages, se préparait un dîner qui consistait majoritairement de rations de survie, puis allait le coucher sans avoir résolu le mystère du Commandant de Bord.

Elle commençait cependant à montrer des signes d’impatience. Elle avait envie d’interactions humaines après de longues semaines seule dans sa capsule à imaginer sa mort, elle avait besoin de voir un autre être humain, de le toucher, de lui parler. Elle s’en ouvrit à Monday, se lamentant sur l’insaisissable Docteur Nolan.

« C’est à se demander s’il existe, dit-elle d’un ton grognon. Ou si je rêve. Monday, est-ce que je rêve ? Est-ce que je suis seule à bord d’un vaisseau fantôme ? Ou pire : peut-être que je suis encore à bord de ma capsule, mais qu’il n’y a plus d’oxygène et tout ceci n’est qu’une hallucination de mon cerveau moribond… ». Ellie poussa un grand soupir, et déposa sa tête entre ses bras sur la table de cuisine où elle prenait son dîner.

« Très chère, je serais admiratif que vous puissiez avoir créé dans votre esprit un univers aussi riche que celui-ci. Je peux vous pincer si vous le souhaitez, vous saurez que tout ceci est bien réel. »

Elle se redressa, surprise, et tourna la tête en direction de la voix inconnue. Lui tournant le dos, faisant face au comptoir et à la machine à café dont il pressait frénétiquement les boutons, se tenait un homme. Il n’était pas très grand, sans doute à peine plus qu’Ellie, et était actuellement vêtu d’un pantalon de tailleur particulièrement élégant et d’un t-shirt déformé qui semblait avoir connu de meilleurs jours. Le tissage était par endroits si élimé qu’on voyait en dessous transparaître la peau de l’homme. Elle ne voyait pas son visage, juste une couronne de cheveux bruns qui se dressaient dans tous les sens sur sa tête, comme s’ils avaient été tirés fréquemment par des mains agacées.

« Miss Ellie Dayton, le Docteur Nolan Richardson ».


lundi 19 octobre 2020

[Challenge] La Nuit des Temps

 #Writober Jour 19 : La Nuit des Temps. Nous revoici dans l'univers d'Ethan, à la suite de "Royaumes Disparus". Le challenge du jour de mon Writer-Bot : écrire au moins 392 mots en 14 minutes. Compte final : 475 mots. 
J'ai vraiment envie d'écrire cet univers, j'ai du mal à m'arrêter maintenant que je suis lancée, et en même temps, la scène ci-dessous n'est pas vraiment ce que je pensais. Et je ne sais pas pourquoi cette soudaine obsession avec ce pendule...


A l’instant où la main d’Ethan s’était refermée sur le pendule, il avait eu la désagréable impression d’être aspiré par la pierre. Le noir s’était fait autour de lui, ainsi que le silence. Il frissonna, et sans relâcher son emprise sur le bijou, il avait cherché autour de lui.

« M. Sparks ? Anton ? ». Il n’osait pas élever trop la voix, dans cet univers inconnu, mais son mentor se tenait juste en face de lui, les doigts encore accrochés à la chaîne lorsqu’Ethan avait tendu la main. Il ne pouvait pas être bien loin.

Un sifflement suraigu se fit entendre dans le ciel, et Ethan se recroquevilla sur lui-même, pressant ses paumes contre ses oreilles pour tenter de se protéger, mais le bruit était trop fort, douloureux, comme une tempête sous son crâne, et il fit par s’évanouir.

Lorsqu’il revint à lui, le monde autour avait changé. Il n’était plus au cœur de la forêt, mais dans un vaste champ ouvert, un ciel étoilé luisant d’une étrange lumière violette au-dessus de lui. Des voix grondaient dans sa tête, lui narrant une histoire qu’il peinait à comprendre et qui le fit hoqueter. Il se redressa, bien décidé à faire quelque chose, à trouver une solution, mais un nouveau vertige le prit, et il jeta ses mains derrière lui pour s’appuyer sur le sol et s’empêcher de tomber. Sa main droite heurta un objet froid, le poussant un peu plus loin, et il fronça les sourcils. Sous le vacarme des voix, ses pensées essayaient de lui dire quelque chose, de lui parler, de le forcer à se souvenir, mais tout était si confus. Il tourna la tête, et vit une pierre violette, taillée en diamant et enserrée dans un carcan de métal, au bout d’une chaîne dorée. Le pendule. Anton !

Ethan lutta contre la nausée qui s’emparait de lui, et se releva. Trébuchant sur lui-même, il fit un pas en arrière, et sentit quelque chose craquer sous sa semelle. « Oh non ! », pensa-t-il avec horreur, se tournant et levant sa chaussure. Là, sous son pied, la pierre était réduite en poudre. Il n’eut cependant pas le temps de s’apitoyer sur son sort qu’une étrange sensation lui crochetait l’estomac, le tirant à nouveau dans un tourbillon terrifiant. Il ferma les yeux.

Quand il les rouvrit, le visage familier d’Anton se tenait à quelques centimètres du sien, le regard scrutateur et inquiet.

Ethan poussa un hoquet de surprise, tenant de reculer, mais la main chaude et ferme de l’autre homme se referma sur sa nuque, dans un geste protecteur.

« Doucement, gamin ! Que s’est-il passé ? »
Ethan voulait lui raconter, lui demander pardon pour son pendule, mais quand il ouvrit la bouche, la seule chose qui en sortit fut : « J’ai vu la Nuit des Temps ».


dimanche 18 octobre 2020

[Challenge] Métamorphose

 #Writober Jour 18, métamorphose. Le challenge du jour : 342 mots en 18 minutes. Compte final : 436 mots. 
Qu'est-ce que ce texte ? Je ne sais pas. Est-ce que ça se sent que je ne sais pas ? Tout à fait. 


« Pars ! Fuis, maintenant ! »

Anna avait rouvert les yeux, interpellée par la panique dans la voix de Bruno. Elle était encore collée à lui, les lèvres rougies par le baiser passionné qu’ils étaient en train d’échanger quand le jeune homme l’avait repoussée brutalement.

Elle leva une main vers le visage de son amant pour lui caresser la joue, inquiète, mais il se recula, la mâchoire serrée, le regard fuyant.

Anna fit deux pas en arrière, choquée.

« Bruno ? Que se passe-t-il ? »

Le jeune homme recula encore, mettant un peu plus de distance entre eux, le visage détourné et le regard fuyant. Il avait la voix rauque quand il répéta durement :

« Tu dois partir, Anna. Maintenant. Vas-t’en. »

La jeune femme resta fermement plantée à sa place, s’efforçant de paraître calme alors qu’elle tremblait comme une feuille. Elle ne put empêcher le ton blessé avec lequel elle insista encore : « Bruno, s’il te plaît. Parle-moi, regarde-moi. Peu importe ce qu’il y a, je peux t’aider, je suis là pour toi. Je t’ai… »

Un rugissement sauvage interrompit sa déclaration, et elle sursauta si violemment qu’elle tomba, les pieds pris dans l’ourlet de sa robe. Elle poussa un cri de douleur en entendant sa cheville craquer dans la chute, et ferma les yeux pour retenir quelques larmes.

Quand elle les rouvrit, Bruno était face à elle, le visage baissé, haletant.

« Bruno », tenta-t-elle d’insister d’une voix faible.

« Anna… » La voix qui lui répondit était à peu audible, presque un gémissement. Elle tendit la main vers le jeune homme, et il s’avança, gardant toujours la tête penchée, le regard détourné. Ce n’est que lorsqu’elle posa sa main sur sa joue qu’il leva enfin les yeux vers elle, et elle ne put retenir une inspiration hachée.

Les beaux yeux bleus si profonds du jeune homme étaient engloutis dans un océan de noir qui prenait tout l’iris, teinté d’étranges paillettes dorées. Lorsqu’il entrouvrit la bouche pour laisser passer un autre gémissement, Anna aperçut deux crocs pointus, et elle banda sa volonté pour ne pas flancher, sa main caressant toujours doucement la joue du jeune homme.

« Anna », répéta-t-il dans un murmure, implorant.

« Chut. Je suis là, ne t’en fais pas. Je t’aime. »
Elle lui sourit, douce et encourageante. Son amant se redressa, et, passant deux bras solides autour de sa frêle silhouette, se releva en la serrant contre son torse, d’où s’élevait un grondement rassurant.
Anna joignit ses mains derrière le cou de la créature – de Bruno, et ferma les yeux. Elle était en sécurité.  


samedi 17 octobre 2020

[Challenge] Entendre les ombres

 #Writober Jour 17 : Entendre les ombres. Défi : écrire au moins 506 mots en 22 minutes. J'en ai écrit 549 dans ce même temps. Le texte est une sorte de para-histoire dans l'univers de mon NaNo de l'an dernier (qui n'est toujours pas posté ici parce que, primo, 50K, et deuzio, toujours pas relu et corrigé), dont vous pouvez retrouver des versions anciennes (2008 !!!) et très résumées ici, ici et ici (3 parties). 
J'ai un peu triché en interprétant "ombres" par "Ombres", qui sont des créatures ennemies dans mon histoire initiale, que vous lirez peut-être un jour. 


Van et Rey avaient été envoyés en mission de reconnaissance. Etant les plus petits et les plus jeunes de l’armée, le Commandant les avait propulsés éclaireurs, et souvent, ils ne pouvaient compter que l’un sur l’autre pour traverser seuls les lignes ennemies, et rendre compte de la position des Ombres.

Leur camp était décimé, de plus en plus de corps étant réclamés par l’Armée des Ténèbres, et Van savait que le Commandant comptait sur eux pour protéger les leurs le plus possible.

Était-ce une trop grande responsabilité pour deux gamins de 13 ans ? Probablement, mais ils étaient les seuls à pouvoir remplir la mission, et ils faisaient de leur mieux.

D’autant que Rey était un enfant étrange. Ses yeux bleus, presque translucides, étaient toujours fixés au loin, comme s’il percevait des choses qu’il était seul à voir. Sa peau également, était extrêmement pâle, la moindre veine se dessinant visiblement sous la surface, et offrant un contraste très étonnant aux Ombres, créatures noires et difformes. Enfin, Rey ne parlait pas. Il communiquait par gestes et grognements, savait se faire comprendre sans difficultés, au moins par Van et le Commandant, mais ne prononçait jamais un seul mot. Les autres soldats préféraient généralement se tenir loin de lui, murmurant des prières et des incantations étranges lorsqu’ils passaient près de lui, marmonnant souvent des choses à propos de « malédictions », « d’enfant du démon » et de « créature anormale ».

Van n’avait pas peur de Rey. Il émanait de lui quelque chose de réconfortant qui lui rappelait Julia. Et il avait une étrange capacité à détecter les Ombres, comme s’il était capable de les entendre en permanence, alors que la plupart d’entre eux ne les entendaient que sur un champ de bataille, lorsqu’elles poussaient leurs terrifiants cris aigus, ceux qui pouvaient faire perdre la tête et la vie aux soldats même les plus aguerris.

C’est ainsi, donc, que Van et Rey se retrouvaient une fois de plus à jouer les éclaireurs. Le Commandant soupçonnait les Ombres d’avoir établi un campement derrière les Collines Sifflantes, et de planifier une attaque prochainement. Leurs rangs étaient déjà décimés, la guerre semblait perdue, mais ils luttaient encore, avec l’énergie du désespoir, et n’importe quelle information pouvant leur donner un avantage sur l’adversaire, ou un moyen de se protéger plus efficacement, était le bienvenu.

Le ventre à terre, progressant lentement et furtivement comme ils savaient si bien le faire, les deux adolescents grimpaient la colline. Dans ces territoires asséchés, les arbres ne poussaient plus, et les abris se faisaient rares. Heureusement pour eux, Van et Rey étaient suffisamment petits et malingres – la guerre n’offrait pas vraiment les protéines, glucides, lipides et vitamines nécessaires à une bonne croissance – pour se cacher derrière les plus gros rochers.

Ils avançaient aussi, de caillou en caillou, quand soudain, Rey se jeta au sol, sa main agrippant le bras de Van pour le tirer avec lui. Van étouffa un cri de stupeur quand son regard croisa celui de son camarade. Rey ne regardait jamais personne dans les yeux, et pourtant, à cet instant, il fixait l’autre adolescent avec une intensité qui glaça le sang de Van. Il grimaça, espérant obtenir quelques réponses, mais Rey secoua la tête négativement, resserrant son étreinte sur le bras de son ami.


vendredi 16 octobre 2020

[Challenge] Les Pierres qui pleurent

 #Writober jour 16 : Les Pierres qui pleurent. Un challenge, tiré par Writer-bot : 480 mots en 20 minutes. J'ai poussé un peu, et fait 577 mots en 25 minutes. 
Une fois encore, je suis sortie de ma thématique space/sci-fi pour faire autre chose. 


Il existe sur la côte au nord une falaise de pierres blanches sur lesquelles viennent se briser les lames d’une mer glacée.

Si l’on descend en rappel le long de ces falaises, exactement à 3 pieds au nord et 8 pieds à l’ouest depuis la table panoramique des Etampes, on trouvera l’entrée d’une grotte, à 6 pieds au-dessus de la mer à marée haute. Dans ces grottes, la température est fraîche, au point qu’on peut voir s’échapper une buée épaisse de la bouche de ceux qui osent y pénétrer.

Bastien est de ceux-là. Escaladeur chevronné, passionné de sports extrêmes et de mystères, il explore le monde à la recherche de raretés géographiques, de lieux aux secrets bien cachés, qu’on ne trouve pas sur toutes les cartes.

En l’occurrence, il avait trouvé mention de la grotte des falaises d’Etampes dans un roman déniché en brocante. Une histoire bizarre, apparemment la seule publiée par l’auteur, qui n’était connu de personne. La maison d’édition n’avait pas non plus d’autre roman à son actif, et avait coulé pendant la guerre. Tout cela avait éveillé la curiosité de Bastien : revenu depuis peu d’un long voyage dans les pays du sud, il découvrait l’aventure sur les terres de son enfance, un territoire dont il pensait connaître tous les secrets, et dont il n’espérait rien de plus qu’une maison où s’ancrer, plus tard, lorsqu’il serait plus âgé, et qu’il serait prêt à s’ennuyer pour le restant de ses jours.

Mais ce roman, intitulé « Les pierres qui pleurent », avait allumé son radar à énigmes, et, après de minutieuses recherches sur l’histoire, l’auteur, et après avoir cherché sans succès à recouper les informations dans tous les manuels, récits, cartographies sur Etampes et ses falaises, il s’était décidé à partir en exploration.

Il avait prévenu sa meilleure amie, Théodora, qui avait accepté de venir faire le gué à côté de la table panoramique, pour veiller sur lui et sa corde de rappel. Théo n’était pas une grande fan d’aventures, préférant les lire que les vivre, mais elle avait toujours été son filet de sécurité, son port d’attache, celle à qui il pouvait se confier lorsque ça n’allait pas, et avec qui célébrer ses victoires et ses succès.

Bastien était maintenant dans l’entrée de la grotte, et après avoir détaché sa corde et envoyé un texto à Théo pour la tenir informée, il avait déclenché sa caméra frontale et, armé de sa lampe torche, avait entamé sa progression au cœur de la roche.

Pendant de longues minutes, il avait avancé, l’espace se réduisant petit à petit, jusqu’à l’obliger à ramper. Il entendait un étrange bruit, de plus en plus fort et terrifiant, qui lui glaçait le sang et le faisait frissonner. On aurait dit les gémissements de souffrance d’une dizaine de femmes, et il serra les dents un instant, pour reprendre ses esprits.

Finalement, au détour d’un coude dans la roche, il déboucha sur une immense salle, où il put enfin déplier sa grande carcasse, et, tournant sur lui-même, retenir un hoquet de surprise. Là, telles que décrites dans le roman, d’immenses pierres blanches étaient sculptées, semblant reproduire des visages tourmentés. Des trous matérialisant les yeux s’écoulait un liquide rougeâtre, telles des larmes de sang qui tâchaient la roche, et venaient nourrir un petit étang au pied des figures. Les gémissements étaient tout autour de Bastien, résonnant de mur en mur dans la grotte, semblant venir de tout autour de lui.


jeudi 15 octobre 2020

[Challenge] Vaisseau Fantôme

 #Writober Jour 15 - Challenge, écrire 420 mots en 15 minutes. J'ai poursuivit un tout petit peu après. Compte total : 481 mots. La suite de Souvenirs de la Terre. Bof bof, c'est pas là où je voulais aller DU TOUT, mais ça collait pour le thème. 


Lorsqu’elle eut passé le sas, ses objets précieux serrés contre elle, Ellie fut prise d’une sensation étrange. Il y avait quelque chose d’anormal sur ce vaisseau, quelque chose qu’elle ne parvenait pas à définir.

Suivant les longs couloirs, ses pas résonnant sur la plateforme métallique, elle réalisa soudain l’absence de bruit. Elle avait d’abord pensé que ses sauveteurs avaient voulu lui laisser un peu d’espace – Ah !, de l’humour noir – mais il aurait été parfaitement normal que le capitaine de bord vienne ensuite l’accueillir et lui donner des nouvelles, ou bien des ordres.

Le vaisseau ne fourmillait pas non plus de l’agitation rassurante qu’elle connaissait à bord du Terpsichore, ce ronronnement réconfortant qui lui permettait généralement de dormir la nuit, parce qu’elle se sentait protégée, entourée des siens.

« Hello ? Il y a quelqu’un ? », se hasarda-t-elle à crier. Seul l’écho de sa voix sur les parois du navire lui répondit.

Un frisson glacé parcourut son échine, et elle ralentit le pas, s’efforçant d’être la plus silencieuse possible.

Elle ne rencontra pas âme qui vive jusqu’à la salle de commande du vaisseau, et elle hésita un instant, sa main sur la lourde poignée de porte. Les battements de son cœur semblaient lui marteler les tympans, et son imagination hyperactive l’entrainait vers des territoires de plus en plus terrifiants.

« Ne sois pas stupide, Ellie !, se morigéna-t-elle. On n’est pas dans un film d’horreur ! »

Prenant une grande inspiration, elle poussa la porte pour trouver… Rien du tout.
La salle était parfaitement vide, les écrans pourtant allumés, le trajet monitoré. Elle risqua quelques pas dans la pièce, et tourna sur elle-même. Elle était bel et bien seule, et relâcha la respiration qu’elle retenait.

S’approchant des radars de surveillance, elle marmonna pour elle-même : « Un vaisseau fantôme ? »

Venue de nulle part, une voix à l’accent étrange lui répondit : « Bonjour, Miss Dayton. Bienvenue à bord du Thésée. »

Elle sursauta, surprise, et fit le tour d’elle-même.

« Qui est là ? Montrez-vous !

-          Je ne suis nulle part, Miss Dayton », répondit la voix.

Ellie identifia une note métallique dans la tonalité. Un robot.

« Qu’êtes-vous ? N’y a-t-il personne à bord ? 

-          Je suis Monday. Je dirige ce navire lorsque M. Richardson n’est pas en capacité de le faire. Je contrôle la navigation, et veille à son bien-être. Au vôtre également, le temps de votre séjour parmi nous.

-          Qui est ce M. Richardson ? Où est-il ?

-          M. Richardson est mon créateur. Il est aussi le capitaine du Thésée, et le seul navigateur à avoir accepté de venir vous porter secours. M. Richardson n’ayant pas dormi pendant 4 jours, 8 heures et 43 secondes, faisant et refaisant les calculs nécessaires à cette mission sauvetage, il s’est évanoui dans la salle des machines une heure avant l’amarrage de votre capsule. »


mercredi 14 octobre 2020

[Challenge] Le Jardin des Silences

 #Writober jour 14. Je teste un nouveau bot, et j'ai lancé une commande de challenge qui m'a donné pour défi d'écrire 468 en 18 minutes. Pas assez concentrée, pas inspirée, je n'en ai écrit que 416. Encore une ébauche d'univers. Oups. 


Elle naviguait d’un pas lent sur le petit chemin blanc sinueux, indifférente à la poussière qui s’agrippait à l’ourlet de sa longue robe. Parfois, les branches des saules pleureurs venaient caresser son épaule, et elle soupirait : elle ne souhaitait rien d’autre que de se jeter au milieu de leurs feuillages, se blottir contre un tronc et se laisser entourer par le calme silencieux de ces arbres.

Mais elle n’était pas venue là pour se reposer, du moins pas avant d’avoir accompli sa mission. Une larme coula le long de sa joue, s’agrippant au coin de ses lèvres, avant d’aller mourir plus bas sur la ligne de son cou. D’autres perlaient à ses yeux, accrochés à ses cils, et elle se mordit les lèvres pour ne pas s’effondrer.

Elle accéléra subrepticement le pas, se dirigeant au cœur du jardin, où Althéa l’attendait dans le kiosque. Son cœur battit un peu plus vite sous l’effet de la nervosité, mais elle savait qu’il ne servait à rien de se précipiter, et de perturber la tranquillité de leur jardin.

Enfin, elle vit le petit bâtiment blanc entouré de ses roseraies, et la longue silhouette sévère de son amie qui lui tournait le dos.

Elle caressa les fleurs du bout des doigts en entrant dans le kiosque, ses pieds nus la remerciant pour le froid et la douceur du sol, qui contrastait avec la rugosité du sable chaud du chemin qu’elle avait emprunté.

Son amie ne se retourna pas pour l’accueillir, et elle glissa ses mains autour de sa taille fine, blottissant sa tête entre deux omoplates osseuses.

« Althéa, soupira-t-elle. Ils arrivent. Je les ai vus. »

Elle sentit la tension dans les épaules de son amie, et se pressa un peu plus fort contre elle.

« Nous devons préparer les enchantements. Tu sais que le Jardin des Silences ne peut pas tomber entre leurs mains. Althéa… »

Son amie prit une grande inspiration, et posa ses grandes mains sèches sur les siennes. Sa voix tremblait d’une émotion contenue quand elle prit enfin la parole.

« Je sais, Diane, je sais. Ils hantent mes rêves depuis quelques jours, et même si je n’ai pas ton don, je peux les sentir. Nous devons protéger notre sanctuaire. »

Diane hocha la tête, le front toujours appuyé contre le dos solide de son amie, et laissa échapper un long soupir, avant de briser leur étreinte.

Althéa se retourna alors, révélant son visage, deux sillons parfaits de larmes brillant sur ses joues mates.


mardi 13 octobre 2020

[Contrainte de temps] Le Faiseur de Temps

 #Writober jour 13. Un défi de 15 minutes pour un texte où, pour la première fois, je n'ai pas intégré le nom du thème, vous laissant libres de l'interpréter comme vous le souhaitez. (329 mots)


Ses mains fines s’agitaient lentement, travaillant avec minutie sur les rouages d’une immense horloge dorée.

Il avait le nez collé au mécanisme, une paire de lunettes-loupes lui faisant de grands yeux ronds de chouette.

Il œuvrait en silence, son corps tendu et concentré, un petit bout de langue pointant entre ses lèvres.

Des bras entourant sa taille le firent sursauter. « Il est temps de prendre une pause », murmura tendrement une voix grave contre son oreille, le souffle chaud déclenchant un frisson d’extase électrifiant tout son corps. Il déposa ses outils sur la table devant lui, releva ses lunettes sur son front, et se tortilla pour se retourner, refusant de déloger les bras autour de lui, mais désireux de se retrouver face-à-face avec son amant.

« Le voilà », murmura Stephen, un immense sourire éclairant son visage. Thomas se sentit fondre, incapable de résister, et s’empressa d’enfouir son nez dans le cou de l’homme qu’il aimait. Il poussa un soupir de satisfaction, qui se transforma en miaulement de plaisir quand des mains chaudes et solides se mirent à parcourir son dos, relâchant toutes les tensions engendrées par un travail minutieux.

« Depuis combien de temps ? », demanda Thomas d’une petite voix, pas sûr de vouloir connaître la réponse.

« Au moins douze heures », lui répondit son compagnon, les mots dénués de toute désapprobation. « On a déjà connu pire, mais je crois qu’il était malgré tout nécessaire que tu t’arrêtes un peu. Le monde ne s’écroulera pas parce que tu prends le temps d’engloutir un sandwich et de boire autre chose que du café. »

Thomas redressa la tête, rechignant à quitter son abri doux et chaud contre la peau de Stephen, mais sentant son estomac gronder à la pensée de manger quelque chose.

Peut-être même pouvait-il s’accorder une sieste, et les rouages du temps continueraient à tourner sans sa surveillance perpétuelle au moins pour quelques heures. Après tout, il était le meilleur dans son métier.


lundi 12 octobre 2020

[150 mots] Mélancolie martienne

 Writober, Jour 12. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Le thème ne m'inspirait pas, et j'étais soulagée d'avoir tiré une contrainte à 150 mots, pensant expédier le texte du soir. Et finalement, une fois l'idée se déroulant sous le clic-clic de mon clavier, j'ai eu du mal à faire (aussi) court. Le compte final est donc de 326 mots. 


« Euneu ! Euuuuuuneuuuuuuuu ! »

Anna releva la tête, interpellée par la note grave dans la voix de l’immense créature qui la surplombait, la dépassant de deux bonnes têtes.

« Euneu », répéta la créature, le son guttural se répercutant sur les parois du vaisseau.

La jeune femme tendit la main, hésitante. Elle ne savait jamais trop où toucher l’alien, qu’elle avait baptisé Flumox. Elle l’avait secouru dans la ceinture d’astéroïdes aux abords de Mars, ou plutôt, il s’était agrippé à sa navette en déployant d’immenses tentacules qui avait bien fallu lui coûter la vie.
Mais Anna était du genre à poser des questions d’abord, et à tirer ensuite, et elle avait vite compris que la créature n’était pas hostile.

Sans bouche, il produisait d’étranges sons pour communiquer, et après de longues introductions, ils étaient désormais Euneu et Flumox, covoitureurs (co-navigateurs ?) dans un voyage pour les confins de l’univers.

Perdue dans ses pensées, Anna sursauta quand un tentacule lui agrippa l’épaule pour attirer son attention. La haute silhouette de l’extraterrestre était ratatinée sur elle-même, et la jeune femme fut prise d’une bouffée d’inquiétude.

« Qu’est-ce qu’il t’arrive, Flumox ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Elle ne voyait pas trop l’intérêt de formuler des phrases, mais la créature semblait comprendre les sentiments et les émotions, et ils parvenaient bon an mal an à communiquer comme ça.

Flumox produisit un bruit étrange, qui ressemblait presque à un soupir ou à un sanglot, et pointa de ses tentacules l’écran de navigation, sur lequel le point de Mars s’apprêtait à sortir du radar, laissé loin derrière eux.

« Euneuuuuuuuuuu », répéta la créature tristement, et Anna comprit enfin. Elle aussi, pensait parfois à la Terre avec mélancolie, songeant à tout ce qu’elle avait laissé derrière elle.

Elle tendit une main, et laissa la créature enrouler ses longs appendices autour de ses doigts, s’efforçant de lui transmettre du réconfort. « Moi aussi, Flumox, moi aussi… », murmura-t-elle.


dimanche 11 octobre 2020

[400 mots] Royaumes disparus

 Jour 11 du #Writober. Ma contrainte : 400 mots. Emballée, j'en ai fait 627. Le texte est la suite de la Forêt des mythes, et je commence à avoir l'outline d'une histoire complète dans ma tête. On verra si je raccroche les wagons avec les thèmes suivants, mais sinon, je recyclerai potentiellement l'histoire pour en faire quelque chose de plus complet. Bonus : à l'exception d'Ethan, j'ai transformé tous les autres noms en me basant sur les personnages (qui n'ont rien à voir avec les miens) d'un autre univers (qui n'a rien à voir avec celui-ci non plus). Saurez-vous trouver lequel ? 


Cela faisait plusieurs jours désormais qu’ils erraient dans la Forêt des Mythes, et Ethan se demandait s’ils n’étaient pas simplement perdus, s’ils allaient mourir ici, ou si Jared et Denys enverraient quelqu’un à leur secours.

Mais Anton continuait à avancer d’un pas ferme, se taillant parfois un passage à coups de machette, et le jeune homme grinçait parfois des dents en voyant son aîné agiter sa lame acérée. Quelque chose lui donnait des frissons dans le dos au milieu de ces arbres immenses, une aura étrange et inquiétante.

Plus ils progressaient, plus il semblait à Ethan que l’air se raréfiait, que la pénombre les entourait, et qu’ils s’enfonçaient trop loin au cœur de la Forêt pour espérer revenir en arrière.

 

Ils venaient de déboucher sur ce qui aurait pu passer pour une clairière, une zone relativement dégagée au sol, si ce n’était l’épais arceau des arbres qui ne laissaient passer aucune lueur, les branches si étroitement entremêlées qu’on aurait dit un plafond d’écorce.

Anton déchargea le sac de ses épaules, et poussa un long soupir, se laissant tomber au sol. Ses yeux clairs, presque translucides, observèrent un instant Ethan, qui gardait le visage levé vers le ciel, un pli inquiet barrant son front.

« A quoi tu penses, petit ? »

Ethan sursauta. La voix d’Anton se répercutait étrangement sur les troncs d’arbres, laissant une sensation glacée de mal-être s’insinuer plus profondément dans ses os.

« Il y a quelque chose de bizarre, ici, répondit-il dans un murmure. Je ne sais pas ce que c’est, mais ça me laisse un goût de mort et de violence dans la bouche. »

Le jeune homme ferma les yeux, se mordant les lèvres comme pour retenir ses paroles suivantes. « J’ai peur. »

Son mentor hocha la tête un instant, semblant réfléchir à ses propos, puis indiqua le sol face à lui, intimant au jeune homme de s’asseoir.

« Je n’ai pas été tout à fait honnête avec toi, gamin. J’espère que tu ne m’en voudras pas. »

A ces mots, Ethan fronça les sourcils. Qu’est-ce que cela voulait dire ?

« Lorsque je t’ai recruté, j’avais besoin d’un troisième assistant pour le chantier. Cette partie-là était vraie. Mais j’avais déjà prévu de venir explorer la Forêt des Mythes. Mon père, mon grand-père, et plusieurs générations au-delà, tous ont été obsédés par les secrets que le lieu recèle. Mon histoire familiale semble intrinsèquement liée à celle de cette forêt, et je comptais te laisser sous la responsabilité de Denys, et prendre Jared avec moi. Vois-tu, il y a plusieurs mois de ça, occupé à l’autre bout du pays, j’ai envoyé mon ami Harold faire des recherches ici. Les dernières notes qu’il a pu me faire parvenir mentionnaient des royaumes disparus, mais le tout était presque illisible, incompréhensible, et si je ne connaissais pas mieux Har, j’aurais dit qu’il avait perdu l’esprit. Je n’ai jamais pu en parler avec lui, car après ça, il s’est évanoui dans la nature. »

Ethan retenait sa respiration, le cœur battant, suspendu aux lèvres d’Anton Sparks. Après un nouveau soupir, celui-ci reprit :

« Le jour où tu es arrivé dans le service d’Archéorêve, prêt à prendre ton post, quelque chose d’étrange s’est passé. Je me considère comme étant un homme très terre-à-terre, et tous les récits de bonnes femmes sur la Magistoire m’ont toujours laissé de glace. Mais quand tu as débarqué, le vieux pendule de mon père s’est mis à brûler, à l’instant où tu m’as serré la main. »

Illustrant son propos, Anton tira de l’intérieur de son col une longue chaîne dorée, au bout de laquelle un pendule brillait d’une étrange lueur violette.

« Il a cette couleur depuis que tu as débarqué. Prends-le, Ethan, je crois qu’il t’est destiné. »


samedi 10 octobre 2020

[300 mots] Dépossédés

 Jour 10 du #Writober, et une contrainte de 300 mots. Compte final : 302 mots, et encore un autre univers. 
La préparation pour novembre est dense, je ne suis pas toujours très inspirée et l'exercice devient complexe. 


Il ne restait rien, rien d’autre que des cendres de leur vie, de leur famille, de leur histoire, et quelques planches brisées là où s’était trouvée leur maison.

Ils se tenaient la main, au centre de ce no-man’s land, couverts de haillons, et de suie mêlée de sang et de sueur, et sans doute d’un peu de larmes.

Ils s’accrochaient l’un à l’autre, deux rescapés d’une apocalypse qui les laissaient vides de tout, les oreilles sonnantes et les pieds nus et écorchés foulant le cadavre de leur passé.

Ils restèrent longtemps immobiles, à traquer le moindre mouvement du regard, à attendre un signe de vie quelconque, une preuve qu’ils n’étaient pas seuls au monde, désemparés, dépossédés de leur histoire, leur futur nu et terrifiant devant eux.

Il fallut cependant se rendre à l’évidence, de longues heures plus tard, et tourner le dos à l’immense champ de désolation qui avait remplacé leur village. Sans se lâcher, leurs doigts fermement enlacés, ils escaladèrent les ruines qui composaient désormais leur unique paysage, retenant leur souffle au maximum pour lutter contre les relents de désespoir, de toxicité et de chair carbonisée qui envahissaient leurs narines, faisant monter la nausée. Ils n’échangèrent pas un mot durant toute leur progression, se contentant d’étouffer des grognements de peine ça et là, ravalant les sanglots qui menaçaient de les engloutir, cherchant à mettre le plus de distance possible entre eux et l’enfer.

De temps à autre, ils s’arrêtaient, creusant pour mettre au jour quelques maigres biens qui pourraient s’avérer utiles et ne semblaient pas trop endommagés, mais refusant toujours de se lâcher.

Plus tard, lorsque la nuit fut tombée, trouvant refuge dans la carcasse d’un camion partiellement explosé, ils autorisèrent les larmes à couler librement, hurlant de douleur et de chagrin à la lune, leur souffrance à vif, presque animale.


vendredi 9 octobre 2020

[200 mots] Corps étrangers

 Jour 9 du #Writober, j'abandonne pour le thème du jour le côté sci-fi/espace que j'ai donné aux thèmes précédents. La contrainte du bot : écrire 200 mots. Compte final : 255 mots. J'espère être plus inspirée demain. 


Quand Micka l’avait invitée à boire un verre, elle avait longtemps hésité. Trop habituée à travailler en silence, isolée dans le calme de son appartement, elle avait perdu le goût de l’extérieur. Ici, aucune lumière trop vive, aucun son trop violent, personne pour la bousculer. Bien sûr, personne ne l’avait touchée depuis plusieurs mois, et elle croyait sentir parfois la caresse fantôme d’une main sur sa joue, elle rêvait d’un corps chaud pressé contre le sien sous le confort de ses plaids, mais de là à passer à l’acte, sortir et se confronter aux autres, il y avait un pas de géant qu’elle n’était pas prête à franchir.

Et pourtant, elle savait qu’elle ne pouvait rien refuser à Micka. Des années qu’ils se connaissaient, qu’ils flirtaient, qu’ils se tournaient autour, doucement, comme pour ne pas effrayer l’autre, et ce presque-baiser qu’ils n’avaient pas échangé la dernière fois qu’ils s’étaient vu, il y a plusieurs mois maintenant, ce qui lui semblait une éternité, avant que la planète n’explose et qu’ils se retrouvent tous isolés les uns des autres.

Cela faisait plusieurs semaines désormais que le Gouvernement avait déclaré l’autorisation de sortie, que la vie avait repris son cours de façon presque normale, et désormais, Micka voulait la voir, retourner dans ce bar où ils s’étaient vus pour la dernière fois, où ils s’étaient rapprochés. Elle était maintenant dans l’entrée du bar bondé, et elle essuya ses mains moites sur son jean. Il lui suffisait de traverser cette rivière de corps étrangers, et au bout, l’amour l’attendait.


jeudi 8 octobre 2020

[Word War] La forêt des mythes

 Jour 8 du #Writober : La forêt des mythes. J'ai décidé de faire une suite immédiate à "Fossiles de rêves". Ecrit en 2 word wars, une de 20 minutes et une de 15 minutes. Total de mots : 940. 


Ethan était arrivé depuis quelques jours sur le site de fouilles, et pour le moment, sa nouvelle carrière d’Archéorêveur n’était pas très excitante. Une fois passé le choc d’avoir découvert que son patron n’était autre que le Grand et Célèbre Anton Sparks, les heures avaient défilé à la vitesse de la lumière. Il avait signé son contrat, et avait été précipité dans la première navette en partance pour Lithos, un village en bordure du dôme, coincé entre l’océan et la forêt.

Une pluie torrentielle s’était abattue sur leur secteur à peine quelques heures après l’arrivée du jeune homme, et il était depuis coincé dans le campement, tournant et retournant sur son lit de fortune, réarrangeant sans cesse ses quelques possessions sur la table de chevet, lisant et relisant son contrat.

Il était le troisième et dernier assistant de M. Sparks sur ce chantier, et les deux autres personnes s’étaient montrées plutôt hostiles à son arrivée : il était là en tant que larbin, le petit nouveau, celui juste bon à faire le café.

Mais Ethan était déterminé, et surtout, suffisamment désespéré d’avoir enfin quelque chose à faire pour ne pas se soucier plus de marcher sur quelques plates-bandes. S’armant de tout son courage, il laça ses bottes, et se dirigea d’un pas ferme vers la tente la plus grande, au milieu du campement, celle de son employeur.

Sans porte sur laquelle toquer, il se racla la gorge fortement, annonçant sa présence, puis attendit l’invitation à rentrer qui ne tarda pas.

M. Sparks – « Appelle-moi Anton, petit » - était enveloppé d’un épais manteau en laine, les doigts serrés autour d’une tasse de thé fumant, penché sur une table où était étalée une carte. Il invita Ethan à se rapprocher d’un signe de tête, ne quittant pas la carte des yeux.

« Ce n’est sans doute pas la grande aventure que tu attendais, dit-il dans un soupir. J’imagine que tu imaginais l’Archéorêveur comme un explorateur en quête de découvertes mystérieuses, récoltant d’anciens fossiles de rêves, les forçant à libérer leurs secrets. Et tu te retrouves coincé ici, à ne rien faire à part attendre la fin des orages des jours durant… »

Ethan n’osait pas répondre, mais il ne put retenir une grimace. Anton Sparks leva les yeux juste à temps pour l’apercevoir, et répondit avec un demi-sourire. « Et j’imagine que Jared et Denys t’en font voir de toutes les couleurs. Ce sont mes plus vieux amis, ils sont très protecteurs de mon travail et… disons que nous avons déjà rencontré quelques soucis avec de précédents collaborateurs, et ils se montrent prudents. Ne t’en fais pas, Ethan, ça passera. J’ai confiance. »

La main d’Anton qui ne tenait pas sa tasse s’abattit sur l’épaule du jeune homme, et la serra gentiment, un geste étonnamment amical de la part d’un homme avec une réputation d’ours mal léché.

Ethan retint un frisson d’excitation : Anton Sparks était son héros depuis tant d’années, et il avait fait tant d’efforts ces dernières semaines pour ne pas se comporter en groupie. Il rêvait simplement que son employeur devienne un vrai mentor, un guide pour sa carrière, quelqu’un sur qui compter.

Il fut tiré de ses pensées par la voix de son aîné, qui lui secoua doucement l’épaule qu’il tenait toujours : « Ethan ? Tu es avec moi, petit ? ». Le jeune homme hocha vigoureusement la tête, laissant son interlocuteur poursuivre.

« A vrai dire, je suis heureux que tu sois venu à ma rencontre, car j’ai une mission pour toi. C’est un peu… inhabituel, mais j’ai besoin d’un regard neuf, et tant que le déluge continuera à s’abattre sur nous, nous n’avons rien de mieux à faire. Rapproche-toi. »

Ils se penchèrent ensemble sur la carte, leurs fronts se touchant presque. Anton avait finalement lâché son épaule, et pointait du doigt la feuille dépliée, prenant presque toute la surface de la table, et représentant une version apparemment ancienne de Lithos. Le tracé de la côte était un peu différent, et le dôme de protection n’apparaissait pas. Ethan n’avait jamais vu de carte si vieille que le dôme n’y était pas représenté. Anton agita son doigt pour attirer son attention sur une autre partie du territoire. La forêt, que l’on appelait désormais communément « Forêt des Mythes », était référencée ici comme « Enterria ». Un nom qui lui était complètement étranger.

Anton caressa le nom du bout des doigts, et se redressa, dominant Ethan d’une bonne tête. « Je sais que ça sort un peu du cadre de ton contrat, et que cela ne requiert pas tout à fait les mêmes compétences que l’Archéorêve, mais je veux aller explorer cette forêt. Cette carte est la seule à ma connaissance qui mentionne le nom d’Enterria, et j’ai entendu bon nombre de légendes dans mon enfance sur la Forêt des Mythes. »

Il n’en fallut pas plus pour convaincre Ethan : une aventure ! Acceptant avec empressement et enthousiasme, il eut la plus grande peine au monde pour se concentrer sur les consignes données par son aîné. Finalement, il retourna au pas de course à sa tente, enfourna dans son sac à dos les quelques fournitures demandées, et attendit en tapant du pied qu’on l’appelle pour partir.

Enfin, après quelques minutes qui lui semblèrent une éternité, Sparks passa la tête par l’ouverture de sa tente et, souriant de toutes ses dents, l’invita à le suivre.

« Jared et Denys vont rester ici, garder le camp, et commenceront les fouilles sur le chantier si toutefois le temps se dégageait avant que nous soyons rentrés. C’est parti pour une aventure dans la Forêt des Mythes ! ».