mardi 13 juillet 2021

[NanoCamp Juillet - Défi Sprint : unifier les textes]

 Le #DefiSprint n°6 de Vicky Saint-Ange était d'unifier les textes des jours 2 à 5. J'ai pesté un peu avant de trouver mon fil rouge (pour autant biscornu qu'il soit), et je pensais faire le combo en quelques mots (mais au moins 100 comme le veut le défi)... J'ai atterri à + de 2000 mots au final. Oups. 
Avertissement : tout petit TW sur la fin du texte où il est fait mention d'une violence subie par mon MC et de la mort d'un personnage qui n'est même pas nommé. Il n'y a aucune description, c'est juste évoqué très rapidement. Pour ne pas lire, il suffit de passer le paragraphe entre {}


Après une nuit entière à se tourner et se retourner dans son lit, Ellie avait pris la décision de poursuivre sa route avec Nolan. Elle aurait toujours l’occasion de rejoindre sa famille de cœur sur le Terpsychore plus tard, mais pour le moment, ils avaient besoin de temps pour guérir de leur traumatisme, et elle qui n’avait pas vécu leur tourment de la même manière ne leur était d’aucune aide.

Elle poursuivrait les patrouilles avec le Thésée pour le moment, tenant son poste pour s’assurer que l’incident avec les X’Ogmons ne se reproduirait pas. Elle frissonna en repensant à la catastrophe intergalactique, et aux révélations apportées par la capture d’une certaine Harriet, qui s’était rendue d’elle-même.

Les X’Ogmons était un peuple curieux par nature, venu d’un univers parallèle. Lors d’une expérience scientifique qui avait mal tourné, Harriet et son collègue avaient donné naissance à une créature-éprouvette, sorte de blob gélatineux, que Lukas, son partenaire, avait nommé Bobby. La créature sentiente avait très vite appris à marcher, mais sa composition s’était révélée instable. Elle grandissait, encore et encore, engloutissant tout sur son passage. Harriet et plusieurs de ses congénères avaient tenté de l’arrêter, mais Lukas avait développé un attachement presque malsain à la bête, la considérant comme son enfant, et s’était opposé à sa destruction. Premier Conseiller du X’ylurn – équivalent d’un Président ou d’un Roi – il avait manigancé pour faire placer Bobby sous la protection de sa Majesté, et lorsque la créature avait débordé, ouvrant des trous entre les univers parallèles et les aspirant, s’en nourrissant pour évoluer, il avait convaincu le X’ylurn de partir en guerre pour protéger le dangereux monstre.

C’est Bobby qui avait dévoré la planétropole X649BG et ses patrouilleurs, et Harriet, à la tête d’une équipe de scientifiques dissidents X’Ogmons, avait travaillé en secret à une arme capable de le détruire, et s’était rendue lorsque celle-ci avait été fin prête. Tous avaient prié très fort qu’en exterminant l’immense blob, les univers et les planètes qu’il avait déjà englouties se remettent à leur place, et coup du hasard ou génie X’Ogmon, c’était bien ce qu’il s’était produit.

Désormais, Harriet et ses camarades étaient retournés dans leur univers, laissant derrière eux Lukas, afin qu’il soit jugé par le Tribunal Intergalactique.
C’était beaucoup à digérer pour tout le monde, et Ellie elle-même se sentait secouée, repassant tout le fil de son existence. Nolan était toujours enfermé dans son laboratoire, tentant de sauver les restes de Monday qui avait grillé dans la bataille, et la jeune femme s’efforçait de lui laisser du temps et de l’espace, alors qu’elle organisait ses pensées.

Finalement, un matin, elle toqua doucement à la porte de l’antre de Nolan, avant de rentrer à petits pas. Le jeune homme leva vers elle un regard interrogateur mais pas dénué d’affection, et elle sourit.
« J’ai un service à te demander, attaqua-t-elle sans préambule. Nous allons bientôt devoir faire escale pour un ravitaillement, et, puisque c’est sur notre chemin de patrouille, j’aurais voulu savoir si tu acceptais que nous nous arrêtions quelques jours sur Hellébore25.
- Héllébore25 ? Qu’y-a-t-il donc là-bas de si particulier ?
- C’est la planète d’où je viens. »

Elle se mordit les lèvres en voyant son regard s’agrandir. Elle lui avait souvent parlé de sa vie à bord du Terpsychore, et même de ses classes de patrouilleuse avec Aurora, mais jamais de sa vie d’avant. Jamais de son enfance, ni de la vie à laquelle elle se destinait jusqu’à ce que l’incident… Non. Elle refusait de se laisser entraîner dans de telles pensées, et reporta son attention sur Nolan.
L’homme la dévisageait, semblant avide de poser des questions mais n’osant pas, et elle ne se sentait pas la force de tout lui dévoiler. Pas encore, se dit-elle. Il dut lire la supplique dans ses yeux, car il s’empressa de répondre :
« Oui, bien sûr, sans problème. Laisse-moi reprogrammer le système navigateur. »
Elle regarda ses doigts courir sur le clavier quelques instants, avant qu’il ne lui adresse un sourire triomphant.
« Nous y serons dans trois jours », claironna-t-il.
Elle lui rendit son sourire et le remercia, avant de tourner les talons et de s’enfuir dans sa chambre.

Arrivée là, elle ouvrit le tiroir qui contenait ses souvenirs, en sortant un livre à la couverture rigide et aux pages écornées. Sortant une petite lame de sa poche, elle la passa délicatement le long de la doublure, révélant un compartiment secret, d’où elle put extraire quelques photos bien cachées.
Elle les parcourut lentement, caressant les visages qui s’y trouvaient, ceux de sa famille aimante.

Ellie avait une sœur, Lucie, et deux grands frères, Hector et Médéric. Leurs parents étaient décédés quand ils étaient encore jeunes, et ils avaient été élevés par leurs grands-parents maternels, Léopold et Géromine. Lorsque l’incident s’était produit, Ellie n’avait pas eu d’autre choix que d’abandonner sa famille, et d’être rayée de tous les documents officiels la mentionnant comme étant rattachée à eux. Sa grand-mère était partie quelques années auparavant, et elle refusait de faire subir sa honte à son grand-père. Elle avait coupé les ponts pour sauver leur réputation et, durant toutes ces années, s’était refusée à regarder en arrière.

Mais la terreur causée par les X’Ogmons remettait beaucoup de choses en perspectives, et elle ne pouvait s’empêcher de penser à eux, à ce qu’ils pouvaient être devenus, et elle se dit qu’il était temps. Si Lucie n’avait pas déménagé – et sa sœur avait toujours été une créature d’habitude – elle la retrouverait.
Lorsque le Thésée s’amarra au port d’Hellébore25, elle descendit du navire le cœur battant. Nolan la regarda faire l’air inquiet, et elle lui promit de revenir sous trois jours, et déposa un baiser sur sa joue avant de se détourner.

Elle se rendit, tremblante, à l’adresse de sa sœur et sonna, en vain. Fronçant les sourcils, elle sonna chez la voisine, qui entrouvrit sa porte, l’air méfiant.
« Je cherche Lucie, je suis une amie d’enfance. » Le mensonge avait coulé facilement de ses lèvres, et elle prit son air le plus innocent, souriant à la vieille dame qui la dévisagea un instant avant de répondre en secouant la tête.
« La pauvre petite a perdu son grand-père il y a une semaine. Elle doit être chez lui en train de remettre ses affaires en ordre. Elle n’est pas aidée, pauvre gamine. Ses frères sont à peine allés rendre visite au vieux lorsqu’il était à l’hôpital, ils sont juste contents d’en être débarrassés. Quelle tristesse… »
Elle marmonna dans sa barbe quelques instants, puis reprit :
« Voulez-vous son adresse ? Cela lui fera peut-être du bien de voir un visage amical. »
Ellie secoua négativement la tête, déglutissant avec difficulté. Elle avait l’impression que ses jambes allaient se dérober sous elle. Faisant fi de toute politesse, elle s’éloigna en courant, ne s’arrêtant que lorsque ses poumons commencèrent à brûler. Elle hoqueta, tentant de repousser la nausée au loin, et passa une main tremblante sur son visage couvert de sueur.
Elle se laissa glisser au sol, les yeux brûlants de larmes, et s’adossa au bâtiment derrière elle, tentant de reprendre la maîtrise de ses pensées.

Comme elle s’y attendait, Lucie ne l’accueillit pas à bras ouverts. Il y eut beaucoup de cris échangés, et quelques gestes de colère, avant qu’elles ne tombent dans les bras l’une de l’autre, pleurant à chaudes larmes la mort de leur grand-père adoré.
Elles discutèrent ensemble jusque tard dans la nuit, dormant ensemble dans le même lit de leur enfance, tentant de rattraper le temps perdu. Au petit matin, elles se séparèrent, se promettant de rester en contact, même si Ellie ne pourrait jamais refaire partie de leur famille.

La jeune femme se promena longuement au hasard des rues. Héllébore25 était une assez petite planète, le port débouchant sur l’unique ville. Partie d’un petit centre-ville bâti par les Gardiens des Livres du Savoir venu coloniser ce petit bout de terre loin des autres planètes, elle s’était étendue au fil des siècles, devenant l’une des planètes satellites dédiées aux apprentis Gardiens. La nostalgie guidait les pas d’Ellie, et sans s’en rendre compte, elle s’approchait doucement du cœur d’Hellébore25, de l’épicentre du Savoir. Une partie d’elle savait qu’elle ne devrait pas s’appesantir sur un passé depuis bien longtemps mort, mais la perte de son grand-père avait ouvert la porte des souvenirs, et elle ne parvenait pas à la refermer. Ses pensées l’entraînèrent vers un autre grand homme qui avait pris beaucoup de place dans sa vie, son Maître du Savoir, le professeur Ericksen. L’homme était déjà à un âge avancé lorsqu’il l’avait prise sous son aile, jeune étudiante élue pour participer à la future génération de Gardiens des Livres du Savoir. C’était un immense honneur pour une famille, et la sienne n’était pas peu fière.

{
Malheureusement, lors de sa première année d’études, un Apprenti en troisième année s’était mis à la harceler, la tourmentant régulièrement. Elle n’avait rien osé dire, ayant trop peur de compromettre sa carrière. Un soir, le jeune homme était allé trop loin, et Ellie avait tenté de se défendre. Il l’avait acculée sur un balcon dans les dortoirs des étudiants de première année, et dans la lutte qui s’en était ensuivie, il avait basculé, et était mort sur le coup. Il venait d’une famille influente qui avait menacé et terrorisé la jeune fille qu’elle était, et elle avait accepté leur offre de partir sans rien dire, en contrepartie de quoi ils laisseraient sa famille en paix.
}

Elle avait fait envoyer un mot à son grand-père, prétendant qu’elle avait changé d’avis, et s’était embarquée sur le premier navire en partance pour X649BG avec les quelques maigres possessions qu’elle avait pu prendre avec elle.
Elle n’avait même jamais eu l’opportunité de mettre les pieds dans la Grande Bibliothèque du Savoir, honneur réservé aux Apprentis à partir de la quatrième année. Mais le professeur Ericksen, durant les quelques mois où elle avait eu l’honneur d’être à ses côtés, lui avait décrit le lieu dans les moindres détails, et elle y avait longtemps songé au début de son exil. C’est la rencontre avec Aurora qui lui avait ouvert de nouveaux horizons, et à partir de ce jour-là, elle ne s’était plus appesantie sur le passé.

Jusqu’à maintenant. Revenant au temps présent, chassant la mélancolie qui obscurcissait ses pensées, elle leva la tête. Ses pas traitres l’avaient entraînée jusqu’à la Grande Bibliothèque et elle se mordilla la lèvre, son tic nerveux préféré, avant de céder à l’impulsion.
Elle se faufila dans l’immense porte tourniquet aux parois de verre, son cœur battant la chamade contre ses côtes. La vue de l’autre côté était à couper le souffle, et elle s’écarta du flux des passants, les yeux écarquillés.

Elle resta longtemps immobile, imprimant le moindre détail sur sa rétine, entendant résonner dans sa tête la voix du Professeur Ericksen. Elle refoula ses larmes, constatant avec émotion que l’homme avait su rendre à la perfection la beauté du lieu, son caractère imposant, et la sensation de respect empreinte de piété qu’on ressentait en y pénétrant. L’espace d’un instant, elle se prit à rêver. Et si sa vie avait été différente, et si elle avait pu vivre le fil de ce destin, et si, et si… Quelque chose en elle avait l’impression d’être arrivée là où elle devait être, et un barrage céda au fond de son être.

Puis le rêve fut brisé. S’apercevant du regard lourd qu’un Gardien posait sur elle, elle tourna les talons précipitamment, se glissant à nouveau au travers de la porte tambour, ressortant dans la rue, l’air froid lui frappant le visage. Elle essuya d’un geste agacé les larmes qui perlaient à ses yeux, se maudissant de sa faiblesse.
Dans sa poche, son transmetteur vibra, et elle consulta le message qui s’y trouvait, et qui lui remit du baume au cœur. Sa vie n’était sans doute pas celle qu’elle avait espéré, mais cela ne voulait pas dire qu’elle n’était pas heureuse. Elle reprit d’un pas léger le chemin du port. Nolan avait trouvé le moyen de rétablir Monday à bord, et l’attendait avec impatience pour célébrer avec elle cette victoire. Elle avait désormais une nouvelle vie, emplie de gens qui l’aimaient, et c’était tout ce dont elle avait réellement besoin pour être comblée.

lundi 12 juillet 2021

[NaNoCamp Juillet - Prompt du jour : "Je me demande pourquoi"]

 Un petit texte conçu pour le prompt du jour. En avril, j'avais écrit un texte jamais publié ici qui s'appelait "Un amour interdit", et qui était l'histoire de deux robots, EDWIN2600 et ANA3000, qui étaient amoureux et qui cherchaient à fuir le joug de leur maître. J'ai repris pour mon texte du jour l'idée du robot EDWIN2600, et cumulé mon prompt du jour à ce prompt fourni par Writer Bot : You are a robot who wants to be human, you mimic human emotions in an attempt to transform. (Vous êtes un robot qui veut être humain, vous imitez les émotions humaines pour essayer de vous transformer) - 843 mots


EDWIN2600 était un robot humanoïde extrêmement avancé. Fruit de l’imaginaire d’un génie jusqu’alors méconnu, il avait été le premier prototype fonctionnel de sa génération – après 2599 tentatives ratées.

Très vite, son créateur s’était retrouvé noyé sous les propositions de grands groupes, tous désireux de lui acheter la propriété de sa création, et avait fini par signer avec l’entreprise qui avait mis le plus d’argent sur la table, pour une production en masse du robot. Ainsi avait commencé une nouvelle ère d’esclavagisme moderne, les plus riches du pays peuplant leurs demeures de robots-servants.

Les androïdes avaient de nombreux avantages : doués de parole et de compréhension, ils pouvaient être programmés pour effectuer de nombreuses tâches, sans jamais se plaindre, ni se fatiguer. Cerise sur le gâteau : inutile de les payer. Il suffisait de les mettre à recharger de temps à autre, et même cette tâche pouvait leur être inculquée afin qu’ils se gèrent en toute autonomie. N’étant pas doués d’émotions, ils ne réalisaient pas la dureté de leur condition, et n’avaient donc aucune volonté de s’en extraire.

Bientôt, on vit émerger sur le marché toutes sortes de robots concurrents, les départements recherche et développement des entreprises étaient inondées de cash pour faire naître la prochaine génération d’androïdes servants, et on les retrouvait désormais dans presque tous les corps de métier, pour toutes les envies, parfois à des prix défiant toute concurrence. Il se murmurait que, dans certaines grandes villes avaient ouvert des maisons closes, qui proposaient à leurs clients des robots programmés pour assouvir tous leurs désirs, même les plus pervertis.

Malgré tout, EDWIN2600 restait un exemplaire unique, jalousement gardé par son propriétaire, qui avait su dissimuler une partie de son programme. Bien qu’extrêmement avancés, tous les androïdes construits en série après lui et sur son modèle n’avaient jamais possédé l’ensemble de ses capacités, et lorsque son créateur regardait le monde basculer petit à petit dans l’avarice et l’avidité, le fossé se creusant chaque jour un peu entre les castes les plus riches et les populations moins aisées, il se réjouissait d’avoir gardé pour lui une partie de ses secrets.

Et lorsqu’il mourut, il les emporta fièrement dans sa tombe. L’homme ayant toujours vécu seul, il n’avait ni femme ni enfants, et ne laissait aucun héritier. Son testament, ouvert par un notaire, révéla qu’il exigeait que sa maison soit condamnée sans que personne n’y pénètre, et il avait accolé un pot de vin suffisamment important à sa demande pour qu’elle soit respectée sans question.

La demeure avait été cadenassée, la clef mise au fond d’un tiroir et longtemps oubliée.

EDWIN2600 resta seul, enfermé dans une immense bâtisse. Les jours s’écoulaient, et il restait immobile à regarder par la fenêtre, son créateur ayant pris soin de désactiver tous ses programmes de routine. La vérité était simple : EDWIN2600 s’ennuyait. Il regardait la vie qui continuait au dehors, et au fil du temps, il se mit à penser.

« Je me demande ce qui constitue un homme, se disait-il. Je me demande pourquoi ils sont eux, au dehors, et pourquoi je suis moi, enfermé. Que dois-je changer en moi pour devenir un homme ? »

Il poursuivit longuement ses observations, notant dans un carnet comme il l’avait vu si souvent faire par son concepteur, et quand les passants se faisaient rares sous ses fenêtres, il allumait le poste de télévision et zappait de chaîne en chaîne, approfondissant son analyse. Il ne lui fallut pas très longtemps pour parvenir à un constat simple : la différence entre lui et les humains tenait aux émotions.

Ces créatures faites de chair et de sang évoquaient des concepts complètement étrangers à sa base de données, des mots comme l’amour, la joie, mais aussi la colère, la peur, la tristesse ou le désespoir. Chaque fois qu’un nouveau terme apparaissait, il le notait sur sa liste, puis consultait toutes les ressources disponibles en ligne, regardant des heures entières de vidéo, cataloguant tout le panel d’expressions faciales et corporelles qui pouvaient accompagner une émotion.

Puis il s’amusait à tenter de les reconnaître sur les visages des passants, ou dans les programmes télévisés où il coupait le son. Enfin, il se plaçait face au miroir dans la salle de bain, tentant de les reproduire au plus près, sa peau synthétique s’étirant sous les efforts, creusant plis et sillons, s’adaptant doucement à cette nouvelle mobilité.

EDWIN2600 avait désormais une nouvelle ambition : sortir au dehors, et se mêler à la foule des humains sans se faire repérer.

Tous les matins, une fois sa charge complète, il répétait ses exercices face au miroir, peaufinant ses expressions et sa gestuelle, s’inventant des conversations pour y réagir, recréant des scènes entières de séries télévisées.

Il savait que son créateur avait fait condamner sa demeure pour le protéger de l’avidité du monde extérieur, l’homme lui ayant longuement expliqué avant sa mort, mais il se sentait désormais prêt. S’il arrivait à se fondre dans la masse, s’il parvenait à prétendre être un humain comme les autres, alors il ne serait plus jamais seul, sans pour autant être en danger. 



[NanoCamp Juillet - Défi Sprint] A la bibliothèque - le remix

 Le #DefiSprint du Jour 5 de Vicky Saint-Ange consistait à reprendre le texte du jour 1, et à le corriger/l'améliorer, tout en y produisant 100 mots de plus. J'ai donc retravaillé mon texte du Défi n°1. 107 mots supplémentaires. 


Elle se faufila dans le tourniquet automatique qui permettait d’accéder à l’immense bibliothèque située dans un bâtiment historique du centre-ville, les parois en verre de la porte tambour bloquant instantanément les sons venus de l’extérieur, lui donnant l’impression de pénétrer dans une bulle de calme.

Ressortant de l’autre côté, elle fit quelques pas sur le côté, s’extrayant du flux des passants, pour lever autour d’elle des yeux émerveillés. La vue qui l’entourait était digne de ce qu’elle s’était toujours imaginé, les immenses murs couverts d’étagères jusqu’au plafond, les boiseries d’un brun riche et chaud, ornés de fioritures délicates qui répondaient agréablement aux rangées de livres aux couvertures épaisses et colorées, jusqu’aux échelles roulantes qui permettaient d’accéder à l’ouvrage désiré. Au sol, la moquette feutrée étouffait tous les sons, renforçant l’impression de cocon dans lequel des centaines de personnes réunies ne produisaient guère plus qu’un bourdonnement, un ronronnement apaisant. De longues tables massives formaient des rangées à l’épicentre de la pièce, encadrées de sièges épais dont l’assise et le dossier étaient recouvert d’un velours râpé par les ans, et les milliers de personnes s’y étant installées. Malgré l’immensité du lieu, quelque chose de chaleureux y perdurait, de confortable et de familier.

Elle expira lentement, relâchant toute la tension qu’il lui semblait avoir accumulée, et leva encore un peu plus la tête, ses yeux s’illuminant de joie. Elle pouvait encore entendre la voix rocailleuse de son professeur, le souvenir profondément niché en elle, décrivant avec force détails le plafond peint à la manière d’un ciel qui passerait par tous les stades de la météo, du bleu d’un jour d’été au tourment d’un orage déchaîné, en passant par le gris des matins pluvieux, jusqu’à la plus belle des nuits étoilées.

Son cœur se mit à battre plus fort, fascinée par tant de beauté. Le chandelier, immense création tout en dorures et perles de verre jadis commandée par le roi, descendait avec élégance du plafond, et ajoutait une touche de sophistication au lieu. Elle se surprit à refouler des larmes : elle était enfin chez elle.

dimanche 11 juillet 2021

[NaNoCamp Juillet - Prompt du jour : Le prochain voyage]

 Cumul avec la contrainte du jour de Vicky Saint-Ange : éliminer ses "darlings" (une expression favorite, un passage qui n'apporte rien au récit, une facilité d'écriture qu'on emploie systématiquement, etc). Très difficile à faire pour moi. 

Attention : le texte est triste. 


Lucie n’était pas encore prête à faire ses adieux, et alors qu’elle serrait la main de son grand-père entre les siennes, elle ne pouvait empêcher les larmes de couler sur ses joues.

Le pauvre Léopold avait fait une mauvaise chute dans les escaliers un dimanche soir, après le départ de Lucie et ses frères, et c’est ainsi que les ennuis avaient commencé. Lui qui n’avait jamais fait son âge avait vieilli d’un coup, semblant tout petit et rabougri sur son lit d’hôpital, mais ses yeux toujours brillants lorsqu’il parlait à sa petite-fille préférée.

Lucie aimait son grand-père de toutes ses forces. Il avait été le complice de ses bêtises d’enfant, la présence sûre et rassurante derrière elle pour les grands moments, son havre de paix lorsqu’elle avait perdu ses parents. Ses frères avaient fait leur vie, construit leurs propres familles, et Lucie, elle, était restée fidèle au poste, la plus proche de son papy, celle qui s’efforçait de maintenir les liens entre tous, et qui organisait les repas dominicaux récurrents.

Elle s’était efforcée de se bercer d’illusions aussi longtemps que possible, s’accrochant à la lumière dans les yeux bleus transparents de Léopold, et avait refusé de croire le docteur lorsqu’il lui avait dit : « Votre grand-père ne rentrera plus à la maison. »

Elle avait supplié, tenté de négocier, mais les médecins étaient fermes. Son Parkinson était désormais trop avancé pour qu’il puisse rester seul à demeure, il fallait le placer dans un établissement spécialisé.

Elle avait proposé de s’installer avec lui, de prendre des tours de garde avec ses frères, mais eux avaient haussé les épaules. S’il fallait placer papy, ils acceptaient de se répartir les frais, mais c’était le maximum de ce qu’ils feraient.

Elle avait pleuré longuement, et c’est la sagesse de son grand-père qui l’avait résignée. Il ne lui avait fait promettre qu’une seule chose : qu’elle vienne lui rendre visite toutes les semaines, pour qu’il lui raconte son histoire. Il voulait qu’elle couche sur le papier tous ses souvenirs, tant qu’il s’en rappelait encore, tant que son esprit lui appartenait.

Elle avait bien sûr accepté, et une nouvelle tradition était née entre les deux : tous les mercredis après-midi, Lucie le rejoignait dans sa nouvelle résidence médicalisée, apportant quelques pâtisseries, un dictaphone et un carnet.

Elle n’aurait jamais cru que le vieil homme avait eu une vie si riche, et s’étonna de ne s’y être jamais intéressée. Il avait toujours été pour elle Papy Léopold, son grand-père adoré.

Cela faisait maintenant six mois qu’elle venait le visiter, et elle avait noirci des pages entières sur le récit de sa vie. Elle avait aussi remarqué qu’il peinait de plus en plus, fatiguait rapidement. Il restait au lit plutôt que de s’installer dans son fauteuil, il était de plus en plus confus, hésitant, troublé. L’infirmière avait été jusqu’à parler d’état dépressif. La seule lueur de ses semaines était la venue de Lucie , qui s’efforçait de ne jamais rien laisser paraître du chagrin qui la rongeait face à la dégénérescence qui emportait petit à petit le vieil homme.

Elle ne disait rien, se contentant de lui sourire et de l’embrasser sur la joue, extrayant patiemment de lui les bribes de sa vie.

Mais ce mercredi-là, en arrivant dans sa chambre, elle avait tout de suite compris. Cela faisait plusieurs fois qu’il terminait leur rencontre par un « A mercredi prochain, si je suis toujours là », et qu’elle ne répondait rien, se contentant d’un sourire triste et d’un baiser.

Léopold s’apprêtait à partir. Il avait accompli sa dernière mission, et était désormais prêt pour son prochain voyage, le dernier de son existence. Lucie l’avait lu dans ses yeux, et bien qu’elle-même ne se sentit pas prête, elle comprenait.

Alors, pour une fois, elle avait rangé son dictaphone et son carnet, et s’était assise à côté de lui, en lui tenant la main. Et elle l’avait remercié. Pour tout ce qu’il lui avait apporté depuis son enfance, pour tous les moments passés ensemble. Pour l’amour qu’il lui avait manifesté, pour la confiance qu’il plaçait en elle et qui lui avait toujours donné la force de soulever des montagnes. Pour les milliers de fous rires et les larmes essuyées, pour lui avoir toujours donné une place dans ce monde, et avoir été son point d’ancrage quand elle se pensait égarée.

Elle avait parlé longtemps, au milieu de ses larmes, et il avait pleuré avec elle, sans toutefois se départir de son sourire. Et entre deux battements de cils, sans bruit, tout en douceur, il l’avait quittée.

Elle espérait seulement que son prochain voyage serait empli de bonheur.

samedi 10 juillet 2021

[NaNoCamp juillet - Défi Sprint : les conflits]

 J'ai complètement zappé de placer le prompt du jour (qui était : "Vouloir tellement fort"). L'histoire appartient à un univers en cours de travail dont plusieurs textes ont déjà été publiés ici. J'écris les scènes dans le désordre et ferai probablement une version roman dans le futur. 


Ellie se sentait déchirée de l’intérieur.
D’un côté, il y avait sa famille de cœur, son équipage, le Terpsychore, tous ces gens qu’elle avait côtoyés depuis si longtemps, et qu’elle avait cru perdus à jamais. Aurora était sa meilleure amie depuis l’école des patrouilleurs, et Tergan, malgré son caractère abrasif, était comme un frère pour elle.
Elle savait la chance de les avoir retrouvés, et respirait à nouveau depuis que Nolan et elle, assistés par James Thorne et l’équipage de l’Ulysse, avaient éradiqué l’envahisseur X’Ogmon et repêché de leur trou noir la planétropole X649BG, et tous ses vaisseaux de défense disparus, dont le Terpsychore.
Elle avait pleuré à chaudes larmes en entendant la voix rauque d’Hector appeler désespérément. Le vieux patrouilleur aimait tant réveiller ses camarades en chantant, telle une casserole ébréchée dans les couloirs, diffusant sa joie de vivre au travers du navire, qu’elle n’avait pu que sentir son cœur se briser en l’entendant, désespéré, supplier encore et encore sur les ondes, dans l’espoir qu’on les retrouve.
Elle n’osait imaginer ce qu’ils avaient vécu, entre le moment de l’attaque et leur réapparition, et se sentait le devoir d’aller soutenir ses compagnons, d’aller leur apporter toute la force dont ils avaient besoin.

D’un autre côté, il y avait Nolan. Le taciturne, le solitaire, le taiseux. Un grand génie qui avait tant souffert de la vie. Elle n’aurait jamais cru, lorsqu’elle avait débarqué à bord du Thésée, qu’ils deviendraient si proches, tous les deux. L’homme, ouvertement hostile au départ, l’avait irritée en quelques instants. Mais il avait fini par s’ouvrir à elle, et ils étaient devenus si proches. Il était le seul à être venu à sa rescousse après sa mésaventure sur Nano632, et il se sentait si seul depuis la disparition de Monday. Il avait besoin d’elle, lui aussi, d’une manière tout à fait différente mais tout aussi importante. Elle se rappelait encore de sa réaction lorsqu’il avait cru qu’elle rejoignait Thorne sur l’Ulysse, et son cœur déjà tourmenté se serra à cette pensée.
Alors Ellie hésitait. Assise à même le sol du garage, elle réalisa une nouvelle fois à quel point Monday lui manquait, à elle aussi. S’il avait été là, elle aurait juste eu à lever les yeux au plafond et à lui demander son opinion. Mais elle était seule, seule avec sa conscience et ses états d’âme, comme écartelée entre deux décisions, entre le Terpsychore et le Thésée.

Elle ferma les yeux et soupira, laissant ses larmes chaudes s’écouler.

vendredi 9 juillet 2021

[NaNoCamp Juillet - Prompt du jour : un grand pas pour la science]

 AKA le jour 2 du #DefiSprint de Vicky Saint-Ange, avec une contrainte sur les dialogues. 


-         — Viens voir papa. Allez, viens mon petit.

-          —  Mais laisse-le tranquille, tu vois bien qu’il a peur.

-           — Chuuuuuut ! Fais-moi confiance, je gère.

Lukas se tenait immobile, bras tendus en avant, le regard pointé sur la créature face à lui. Dans son dos, Harriet s’agitait, nerveuse.

-           — Peut-être qu’on n’aurait pas dû…

-           —  Stop. Ce qui est fait est fait. Si tu baisses d’un ton et que tu me laisses faire, tout se passera bien. Mais j’ai besoin de me concentrer.

La créature devant eux se dandinait sur place, son hésitation palpable, son aura légèrement teintée de gris.

Harriet mordilla la peau de son pouce un instant, les yeux rivés sur son collègue qui tentait, à grands renforts de gestes, de faire approcher l’être difforme, sans succès. Elle s’efforça de garder le silence, mais l’angoisse prenait le dessus, et elle reprit, insistante :

-          —  Lukas, écoute-moi deux secondes. C’était clairement une erreur. Un éclair de génie, soit, mais le monde n’est pas prêt. Et nous non plus. La formule n’a visiblement pas fonctionné jusqu’au bout, et on se retrouve avec ce… cette…

Le scientifique détourna enfin son regard de la créature, faisant face à Harriet avec colère.

-          —  Comment oses-tu ?, siffla-t-il entre ses dents. Bobby est notre enfant ! Que tu le veuilles ou non, que nos calculs fussent bons ou non, il est là, maintenant. Et il a peur ! Je suis sûr qu’il perçoit ton rejet. Alors de deux choses l’une : soit tu te tais, et tu me laisses faire, soit tu t’en vas. Mais ne viens pas réclamer les lauriers plus tard.

Harriet souffla un grand coup, évaluant les deux options fournies par son partenaire. Se penchant sur la droite, elle jeta un nouveau coup d’œil sur la créature, qui semblait se ratatiner sous ses yeux.

-           — OK, je reste et je me tais.

Lukas hocha la tête et se retourna doucement, plaquant sur son visage un sourire amical. Il tendit les mains, et reprit, la voix aguicheuse :

-            — Allez, viens voir papa. Viens Bobby !

Il répétait ces mêmes mots en boucle, comme un mantra. Finalement, après de longues minutes, la créature sembla se redresser sur elle-même, la matière dont elle était constituée bougeant, se réassemblant molécule par molécule jusqu’à prendre la forme approximative d’une silhouette d’homme.

Harriet retenait sous souffle, une main crispée sur la blouse de son compagnon, qui vibrait d’excitation.

-          — Allez, Bobby. Fais un pas. Juste un pas. Un pas pour papa.

Enfin, la créature avança, chancelante sur ses jambes tel un bambin se dressant pour la première fois.

Lukas ne put retenir un cri de joie. C’était un petit pas pour Bobby, mais un grand pas pour la science.  

jeudi 8 juillet 2021

[NaNoCamp Juillet - Prompt du jour : à la bibliothèque]

Aujourd'hui était le lancement des défis de Vicky Saint-Ange. Inscrite à son défi Sprint et à son défi Marathon, ma contrainte du jour était d'écrire au moins 100 mots, en travaillant les descriptions. J'ai combiné la contrainte au prompt du jour : "à la bibliothèque". 


Elle se faufila dans le tourniquet automatique qui permettait d’accéder à l’immense bibliothèque, les parois en verre bloquant instantanément les sons venus de l’extérieur, lui donnant l’impression de pénétrer dans une bulle de calme.

Ressortant de l’autre côté, elle fit quelques pas sur le côté, levant des yeux émerveillés. Devant elle, autour d’elle, partout s’étalaient des murs couverts d’étagères, jusqu’au plafond, des boiseries d’un brun riche et chaud, ornés de fioritures délicates qui répondaient agréablement aux rangées de livres aux couvertures épaisses et colorées. Au sol, la moquette feutrée étouffait tous les sons, renforçant l’impression de cocon dans lequel des centaines de personnes réunies ne produisaient guère plus qu’un bourdonnement, un ronronnement apaisant.

Elle expira lentement, relâchant toute la tension qu’il lui semblait avoir accumulée, et leva la tête un peu plus. Dans sa tête, elle entendait encore la voix de son professeur, décrivant avec force détails le plafond peint à la manière d’un ciel qui passerait par tous les stades de la météo, du bleu d’un jour d’été au tourment d’un orage déchaîné, en passant par le gris des matins pluvieux, jusqu’à la plus belle des nuits étoilées.

Son cœur se mit à battre plus fort, fascinée par tant de beauté. Le chandelier, tout en dorures et perles de verre qui pendaient du plafond, ajoutait une touche de sophistication au lieu, et elle se surprit à refouler des larmes.

Elle était enfin chez elle.